Etude d’un phénomène actuel, la consommation socialement responsable

Par Anthony Goepfert & Gaetan Griesbach, étudiants ESTA Belfort, 05/2020

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L’année 2020 est signe de changement environnemental, de petits, comme le bisphénol A banni des tickets de caisse, ou de plus grands, comme la nouvelle interdiction d’utiliser des produits plastiques tels que les gobelets ou assiettes jetables, les cotons-tiges et bien d’autres…; mais finalement, chaque geste compte afin de préserver notre environnement. L’humain, de par son industrie polluante, ses modes de vie, de transport mais aussi ses faits et gestes, se doit de changer ses habitudes de consommation.

Depuis quelques années une théorie devenue concept puis méthode voit le jour, celle de la consommation socialement responsable (CSR). En effet, chaque petit geste compte et chaque individu se doit de consommer de manière plus responsable et éthique. Pour la suite de cet article, les données abordées sont issues de l’étude Comment les consommateurs socialement responsables se représentent-ils la consommation ? Une approche par les associations libres, Christine Gonzalez et al. (2009).

Ce terme, la consommation socialement responsable (CSR) qui est connu de tous par nature, trouve ses racines au début du XIXème siècle où l’on parlait notamment de commerce éthique. Dès lors, cette notion n’a cessé d’évoluer et trouve une définition concrète et structurée sous le nom de CSR il y a quelques années :  il s’agit de la prise en compte par les individus de préoccupations sociales ou environnementales dans leurs choix de consommation (2009). L’intérêt de cette étude de 2009 est d’identifier différents profils de consommateurs socialement responsables et d’étudier leurs représentations sociales (RS) de la consommation. Une enquête a donc été effectuée sur un échantillon de 392 personnes.

Les pratiques de consommation permettent aux individus de structurer leur identité, de se situer par rapport aux autres, d’acquérir des connaissances et d’éprouver des émotions. Dans le contexte de la consommation, les RS modèlent les comportements.

Elles permettent aux individus de comprendre les modes et les codes de consommation, de se situer dans un groupe social, de communiquer ; elles guident leurs choix et leurs comportements de consommation (achat, usage des produits, …), et leur donnent un sens. Les RS de la consommation résultent de la mémoire collective d’un groupe social ou de la société, de débats au sein de celui-ci, (par exemple sur la CSR), de pratique du sujet (l’apprentissage de la consommation dans l’enfance et l’adolescence entre autres). Roberts (1995) distingue deux dimensions qui composent la CSR : d’une part la dimension environnementale (éviter d’acheter des produits dont l’effet est néfaste sur l’environnement) et d’autre part, la dimension sociétale (éviter d’acheter des produits à des entreprises ayant un impact négatif sur le bien-être de la société).

L’étude permet de distinguer 4 classes d’individus en fonction de leur relation à la CSR. Tout d’abord, on distingue deux classes radicalement opposées

  • d’un côté les « CSRs » qui présentent un fort niveau d’attachement à la CSR
  • et les « indifférents » qui en présentent un faible niveau.

On observe ensuite deux autres classes qui s’opposent sur trois dimensions :

  • les « locaux » privilégiant les achats auprès du commerce local ainsi que des productions françaises, mais présentant un niveau moyen ou faible sur les autres dimensions.
  • les « partages » favorisant avant tout les achats partagés et pratiquant d’autres formes de CSR, comme la réduction du volume de consommation et la prise en compte du comportement de l’organisation.

Néanmoins, la consommation socialement responsable relève d’un acte volontaire, nul n’est obligé de limiter le gaspillage, de polluer le moins possible, de vérifier l’origine des produits etc.

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Les recherches dans ce domaine évoluent, des questions se posent et des recommandations sont faites à la population. Cependant, cela n’est pas suffisant dans la majeure partie des cas ; notamment chez l’enfant.

En 2016 une étude exploratoire sur les perspectives nouvelles de socialisation dès l’enfance a été réalisée (Hay et Brée, 2016). L’objectif étant de déterminer si une conscience socialement responsable est présente dès l’enfance, ainsi que son évolution à travers le temps. Par nature, il est plus évident d’assimiler une information (norme, valeur, savoir, savoir-faire) pendant l’enfance plutôt que d’essayer de le faire une fois adulte.

Cette étude qualitative visait à poser des questions d’ordre éthique de consommation à des enfants de 6 à 14 ans issus de différents milieux (ruraux ou urbains) ainsi qu’à leurs parents (26 sujets au total). L’étude conclut sur le fait que la CSR chez l’enfant est influencée par différents agents : son environnement familial (et plus particulièrement ses parents), l’école (peu), la télévision et les médias en général (rarement).

En effet, l’étude révèle qu’un enfant aura beau écouter des propos liés à la CSR à l’école ou bien au travers des médias, si la démarche ne vient pas d’abord ou n’est pas encouragée par l’environnement familial, alors il n’assimilera qu’une infime partie, voire rien du tout de ce qu’on lui apprend de la CSR. Il sera conscient de ses actions mais montrera une certaine indifférence quant à son comportement vis-à-vis de celles-ci. Les parents possèdent donc un rôle essentiel dans l’éducation de leurs enfants à la CSR.

En outre, les parents ayant été sensibilisés à la CSR pendant leur enfance avouent avoir conservé ses habitudes et ne se voient pas les changer. La phrase « au début c’était une obligation, à la fin c’est devenu une habitude » est la plus représentative de cette tranche de population.

Ainsi à travers cette recherche, les enfants ayant peu d’attrait à la CSR ont montré que cette notion ne leur a pas été enseignée dans leur cadre familial.

Sur les sujets (enfants) ayant été « éduqués » à la méthode CSR, on constate une ouverture d’esprit plus importante, ainsi qu’une recherche d’informations à ce sujet plus large « la maîtresse s’oppose à ce que quelqu’un jette quelque chose par terre et elle nous parle souvent de la pollution » ou encore « … j’ai vu ça dans un documentaire » en répondant à une question relative à la pollution.

Plus les 3 agents (parents, écoles, médias) seront cumulés, plus les actes de CSR de l’enfant seront légitimes. Cependant, l’agent parental est central et les 2 autres ne peuvent pas influer suffisamment s’ils ne sont pas en phase avec lui.

La notion d’actions de CSR auto-déterminées et habituelles est aussi primordiale afin que celles-ci perdurent dans le temps (de l’enfance à l’âge adulte). De cette manière, si l’enfant les effectue au fur et à mesure de manière autonome et non par la contrainte, cela démontre qu’il éprouve, inconsciemment, un certain plaisir à faire cette action qu’il juge bonne et le transmettra plus tard à ses propres enfants.

Aujourd’hui, une ère nouvelle se dessine à travers la digitalisation. En effet, la CSR peut se manifester au travers des nouvelles applications conçues pour mieux informer les clients de la qualité des produits ou pour promouvoir une utilisation plus intelligente des ressources. Cela peut traduire une prise de conscience de la part du consommateur,  puisque c’est lui qui opte vers une démarche d’information quant à la provenance, la qualité, les moyens de fabrication,… de ce qu’il va décider d’acheter. Les informations suivantes ont été basées sur le site Prixtel.com Protégez L’environnement Avec Ces 5 Applications Mobiles ! (2017).

L’application Yuka (6 millions d’abonnés) a par exemple pour but de donner des informations précises sur la qualité des aliments disponibles en magasin, grâce à un simple système relié au code-barres. « To Good To Go » quant à elle, va permettre à des restaurateurs ou bien des boulangers d’informer les consommateurs que des produits invendus, mais encore consommables sont disponibles dans leur établissement. Cette démarche va permettre de ne pas jeter des denrées inutilement. « La Ruche qui dit Oui » est une plateforme en ligne ayant pour but d’établir le lien entre des consommateurs et des producteurs d’aliments locaux. Ce qui est particulièrement en phase avec ce que les consommateurs responsables attendent.

En plus de toutes ces nouvelles technologies, au moment de faire ses achats, on peut choisir d’effectuer un don vis-à-vis d’une association locale au moment de régler ses achats à la caisse.

Bien évidemment, les magasins qui soutiennent de telles campagnes et s’y retrouvent, car elles sont également bénéficiaires de leurs propres actions. Le consommateur responsable est logiquement plus susceptible de rester fidèle à une marque qui fait preuve d’éthique.

(Un marché de détail responsable devient alors une opportunité commerciale qu’il ne faut pas rater.)

Ouverture

La consommation socialement responsable n’est pas innée et par conséquent doit s’apprendre. Si l’on souhaite changer nos habitudes de consommation, ne faudrait-il pas prendre le problème à la source et s’intéresser de manière plus prononcée à la CSR chez l’enfant ?

Cependant, les parents étant l’élément-clé du développement de ce concept, l’apprentissage de la CSR dans un cadre familial doit être obligatoire. Verrons-nous à l’avenir des contraintes imposées par l’Etat ou d’autres organismes obligeants les parents à enseigner cela à leurs enfants ?

Selon, Dubar (2015), plus l’enfant évolue dans un contexte de socialisation homogène (normes, valeurs, savoirs, savoir-faire), plus il est prévisible face aux situations nouvelles rencontrées.

Est-ce que, si ce type d’obligations venait à voir le jour, cela nous rendrait-il prévisible et donc manipulable ?

Néanmoins, l’apprentissage de la CSR dès l’enfance pourrait permettre de résoudre certains problèmes liés à notre consommation et nos méthodes de vie, en faisant des bonnes actions quelque chose d’automatique. Les applications digitales pourraient être un rappel à tout cela au quotidien pour nous aider dans cette tâche.

Références

Dubar, C., 2015. La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles. Armand Colin, 2015

Gonzalez, C., Korchia, M., Menuet, L. and Urbain, C., 2009. Comment Les Consommateurs Socialement Responsables Se Représentent-Ils La Consommation ? Une Approche Par Les Associations Libres. [ebook] Recherche et Applications en Marketing, p.25-40. Available at: <https://www.researchgate.net/publication/228477330_Comment_les_consommateurs_socialement_responsables_se_representent-ils_la_consommation_Une_approche_par_les_associations_libres> [Accessed 27 April 2020].

Hay, C. et Brée, J., 2016. J’y Pense Et Puis J’oublie . [pdf] pp.pages 1-10. Disponible sur: <https://www.afm-marketing.org/fr/system/files/publications/AFM2017-HAY%20&%20BREE.pdf> [Consulté le 27 avril 2020].

Prixtel.com. 2017. Protégez L’environnement Avec Ces 5 Applications Mobiles ! | Prixtel. [online] Available at: <https://www.prixtel.com/decouvrir-prixtel/actualite/news/5-applications-mobiles-proteger-environnement/> [Accessed 27 April 2020].

Roberts J. A., 1995. Profiling levels of socially responsible consumer behavior : a cluster analytic approach and its implications for marketing, Journal of marketing Theory and practice, Fall 1995, p. 97-117.

De l’artifice manichéen de la transition énergétique

Par Louis Cottaz, étudiant ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #Transition énergétique #Terres rares #Pollution des sols #Chine #Accessibilité des ressources

L’année 2019 se fait sans aucun conteste l’étendard de la prise de conscience collective des enjeux climatiques et énergétiques. L’idée est enfin prise au sérieux : le climat change et ce, à cause de l’Homme. Les données accablantes sont nombreuses ; les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète[1], le cycle des glaces s’amenuise[2] et les catastrophes naturelles se multiplient[3]. C’est dans cette atmosphère d’urgence qu’ont été présentés plusieurs plans politiques à travers le monde, et notamment le projet de la Commission européenne pour aider à financer la transition écologique. Accompagner les pays les plus éloignés de l’objectif de neutralité carbone en 2050 va ainsi mobiliser 1,000 milliards d’euros[4] et représente 25% du budget européen. Communiquant sur une transition énergétique « zéro émission » avec pour but le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables, le discours européen est catégorique : les énergies vertes conduiront au monde propre. Cependant, Une idée plus contrastée commence à remonter ; ces énergies vertes n’en auraient que la couleur. En tant que figure de proue de ce récent signalement se trouve Guillaume PITRON, journaliste spécialiste de la géopolitique des matières premières[5], auteur et réalisateur de documentaires français. Dans cet article, nous allons ainsi analyser ce nouveau discours et tenter à notre tour de proposer une ouverture sur les enjeux de la transition énergétique. La transition énergétique s’inscrit dans une idéologie plus vaste qu’est la transition écologique. Ce concept est une évolution vers un nouveau modèle économique et social[6] ayant pour objectif de révolutionner nos habitudes de consommation, de production, de travail et de vie commune. Représentant ainsi un volet de ce nouveau manuel de conduite, la transition énergétique guide la modification structurelle profonde des modes de production et de consommation de l’énergie. L’existence de cette direction politique est évidente si l’on relève les mesures récemment adoptées. Pour preuve, le 11 décembre 2019 se dévoilait le « green deal »[7] entraînant le 10 mars 2020 l’adoption de la stratégie industrielle européenne[8] qui vise à transformer l’industrie selon trois moteurs ; la transition verte, la transition numérique et la compétitivité mondiale. Cet exemple témoigne d’une Europe enthousiaste à l’avancée des systèmes de production vers une neutralité climatique. La transition écologique européenne commence et l’industrie se met au pas.

De l’artifice manichéen de la transition énergétique – Louis COTTAZ

Cette prise de conscience globale sur les enjeux climatiques associée aux nouvelles directives politiques imposées par l’Union Européenne bouleversent le système économique et productif des énergies en Europe. L’Union Européenne dépend des importations pour plus de la moitié de sa consommation d’énergie9 et les pays membres ont une production énergétique issue à 80% des énergies fossiles10 et nucléaires. Remplacer des installations polluantes par des systèmes de production d’énergies renouvelables implique donc une compréhension fondamentale de ces cinq différents types d’énergies11. En effet ces énergies renouvelables sont produites à l’aide de différents systèmes. De l’énergie solaire thermique à l’énergie éolienne, les moyens pour produire ces énergies sont variés mais tous possèdent néanmoins une composante commune nécessaire à leur fabrication : les terres rares.

Cette prise de conscience globale sur les enjeux climatiques associée aux nouvelles directives politiques imposées par l’Union Européenne bouleversent le système économique et productif des énergies en Europe. L’Union Européenne dépend des importations pour plus de la moitié de sa consommation d’énergie[9] et les pays membres ont une production énergétique issue à 80% des énergies fossiles[10] et nucléaires. Remplacer des installations polluantes par des systèmes de production d’énergies renouvelables implique donc une compréhension fondamentale de ces cinq différents types d’énergies11. En effet ces énergies renouvelables sont produites à l’aide de différents systèmes. De l’énergie solaire thermique à l’énergie éolienne, les moyens pour produire ces énergies sont variés mais tous possèdent néanmoins une composante commune nécessaire à leur fabrication : les terres rares.

Les différents systèmes de production des énergies renouvelables ne fonctionnent pas seuls ; l’efficacité énergétique, combinaison des technologies numériques et des technologies vertes pour un rendu plus efficient, est également construite autour des terres rares dans la fabrication des systèmes informatiques liés. Devenus indispensables et stratégiques, ces métaux servent donc à la production de nombreux systèmes informatiques (écrans d’ordinateurs, puces de smartphone etc.), militaires (capteurs de radars, sonars, systèmes de ciblage etc.) et énergétiques (panneaux photovoltaïques, éoliennes etc.). Ces métaux ont donc pris une grande importance dans notre système de production des énergies.

Tout d’abord, les conséquences environnementales de ces terres rares sont désastreuses[12]. Bien qu’ils soient plus chers que la plupart des métaux usuels (1 kilogramme de gallium vaut 150 dollars, c’est-à-dire 9 000 fois plus que le fer), leur extraction connait depuis longtemps une course au prix le plus bas. Jusqu’à l’embargo lancé par la chine en 2010[13], l’achat de terres rares à des prix défiant toute concurrence permettait aux pays occidentaux de faire baisser le coût des nouvelles technologies. Toutefois cela s’est réalisé au prix de grands dommages sociaux et environnementaux[14].

Rien n’est plus parlant que la province de Jiangxi, à 1500 km au nord de Pékin près de la ville de Ganzhou. Guillaume Pitron décrit ainsi lors de son interview sur le think tank indépendant Thinkerview[15] « des collines coupées en deux verticalement ». Ayant passé plus de 6 ans à enquêter sur ces métaux rares, c’est une vision chaotique qu’il nous décrit ; « Parmi les plus graves des dommages que j’ai pu constater en voyageant en Chine, il y a les “lacs” de rejets toxiques qui se trouvent autour de Baotou. On y trouve plusieurs “villages du cancer” où les gens meurent à petit feu, à cause de l’importante concentration du sol en métaux lourds ». En réalité, ce sont même l’ensemble des processus d’extraction et de raffinage qui ne respectent pas les normes environnementales. Le vanadium, utilisé dans le stockage d’énergie pour les batteries, nécessite l’extraction de 8,5 tonnes de roches pour seulement 1 kg de vanadium. Pour 1 kg de lutécium, ce sont 1200 tonnes de roches. Autre exemple, l’opération de « raffinage », à elle seule, nécessite la répétition une dizaine de fois d’un long processus polluant : broyage de roche et utilisation de nombreux réactifs chimiques tels que des acides sulfuriques et nitriques[16]. De plus, leur extraction est énormément demandante en eau ; la purification de chaque tonne de terres rares requiert l’utilisation d’au moins 200 mètres cubes d’eau qui se charge au fil du processus d’acides et de métaux lourds ensuite déversés dans des lacs et rivières. Guillaume Pitron décrit également dans son livre un autre pays concerné par la pollution de ces métaux rares ; la République démocratique du Congo fournit en effet plus de la moitié des besoins mondiaux en cobalt. Nécessitant la participation de plus de 100 000 mineurs parfois enfants, les conditions d’extraction sont chaotiques ; à la simple force de leurs bras et munis de pelles et pioches, ils creusent toute l’année.

Ces terres rares, métaux issus de l’écorce terrestre, sont plus abondants qu’on ne le pense. En effet le magazine en ligne GEO.fr explique qu’ils sont aussi répandus dans l’écorce terrestre que d’autres métaux plus usuels comme le cuivre[17]. Selon le site Planetoscope, spécialisé dans les statistiques mondiales en temps réel, ce sont environ 5,39 kilos de terres rares produits chaque seconde soit 170 millions de kilos dans le monde chaque année[18]. Malgré une répartition plutôt égale, la Chine représente à elle seule 71% de la production globale[19] et expose ainsi clairement la dépendance mondiale et européenne à la production chinoise de métaux rares[20] ; l’Empire du Milieu domine indéniablement l’offre.

Derrière la mise en place de ces systèmes énergétiques « propres » et des systèmes informatiques concourants se cache donc une industrie aux enjeux stratégiques mondiaux. Selon le vice-directeur de l’Association de l’industrie chinoise des terres rares, Chen Zhanheng, l’UE était de loin le plus grand importateur d’aimants chinois en terres rares en 2018, avec 52 % des exportations[21]. L’Union Européenne se place donc comme l’un des principaux consommateurs en terres-rares.

Les énergies dites « propres » et les systèmes informatiques interdépendants utilisent ainsi des matériaux qui ne le sont pas. La fabrication des ordinateurs et téléphones portables consomme 19 % de la production globale des métaux rares comme le palladium et 23 % du cobalt[22]. Greenpeace affirme « Si le cloud était un pays, il se classerait au cinquième rang mondial en termes de demande en électricité ». Cette association des transitions numériques et énergétiques révèle ainsi une dépendance critique du progrès technologique aux métaux rares. Engendrant indéniablement une pollution des sols importante et des émissions de gaz à effet de serre via l’entretien de ce cadre numérique, la transition énergétique amène-t-elle réellement un bilan environnemental positif ?

Cette combinaison des deux systèmes a un bilan toutefois difficile à mesurer. Bien que plusieurs études présentent les éoliennes et énergies vertes comme émettant moins de carbone que les énergies fossiles[23], comment balancer et comparer justement une pollution des sols avec une pollution de l’air ? Comment calculer la part des émissions du numérique dans le total des émissions des énergies renouvelables ? C’est sur ces problématiques que chercheurs, journalistes et politiques proposent depuis plusieurs années diverses solutions. J’ai donc pris contact avec M.Maxence CORDIER, Responsable des affaires publiques européennes au CEA, et M.Raphaël Danino-Perraud, doctorant au BRGM, pour m’aiguiller dans mes recherches sur les enjeux de cette transition énergétique. Après plusieurs échanges autour des terres rares et de leur exploitation, j’ai ainsi pu découvrir que ces métaux font en réalité partie d’une problématique à plus grande échelle. Les enjeux seraient plus géopolitiques que géologiques et économiques. L’idée qui a incité ce cheminement ; importer les mines de terres rares en Europe. L’hypothèse était initialement évidente ; contrôler le respect des normes environnementales et sociales serait le point fort de cette importation. L’Union Européenne possède ce cadre stricte qu’il manque en Asie et qui pourrait permettre une extraction plus responsable. Plusieurs barrières freinent malheureusement cette réalisation.

Malgré une répartition globale des terres rares plutôt large, la grande majorité de la production est assurée par la Chine. Si une extraction a existé ailleurs, en Amérique du Nord notamment, elle a été abandonnée en raison d’une rentabilité trop faible. La Chine assure en effet un monopole en contrôlant les prix et quotas d’exportation. En 2010 a eu lieu la « crise des terres rares »[24] qui a retenti comme un signal d’alarme dans les enjeux géopolitiques sur l’accessibilité des métaux rares. Bien qu’ayant relancé les intérêts de la séparation avec la Chine, l’effet de la Crise n’a été que temporaire ; la domination chinoise va, au fil des années, être de plus en plus difficile à contester. Les projets hors de Chine ont en effet du mal à émerger car depuis 2014, la Chine se conforme aux prescriptions de l’OMC et développe des activités intégrant de plus en plus de valeurs ajoutées avec notamment des investissements dans des projets de séparation[25].

Les besoins mondiaux en terres rares sont croissants et difficilement contrôlables. Les applications des terres rares étant multiples, qu’elles concernent les aimants, la métallurgie, les batteries, les catalyses, les poudres abrasives, ou la filière nucléaire, la croissance de leur besoin par des pays autrefois peu développés entraînent de nouveaux enjeux qui sont difficilement prévisibles. Selon M. Patrice Christmann du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), « il va falloir trouver plus de matières premières entre aujourd’hui et 2050 que depuis le début de l’humanité ». Critiquent pour l’industrie, stratégiques pour les États et dramatiques pour l’environnement, les terres rares incarnent cette triple facette d’enjeux à grande échelle. Bien que plusieurs pays développent et investissent dans la recherche de solutions, comme le recyclage pour le Japon, la substitution de la Chine dans l’approvisionnement de ces ressources reste encore balbutiante.

La mise en place d’une véritable stratégie pour réaliser cette transition énergétique tout en sécurisant et contrôlant son approvisionnement nécessite une volonté politique forte. Pour lutter contre la dépendance, la pollution et des conditions d’extraction médiocres, les États et l’Union Européenne devront construire une solution multi- tâches. La mise en place d’une stratégie minière volontariste pour intégrer au sein des frontières de l’Union européenne des mines de terres rares permettant de lutter efficacement contre les problèmes d’une dépendance critique et stratégique est donc de plus en plus nécessaire. Porte d’entrée dans les enjeux géopolitiques mondiaux sur l’accessibilité des ressources, le domaine des terres rares incarne l’exemple des nouveaux enjeux actuels ; problématique à plusieurs facettes, la transition énergétique, sa justification et son entreprise signent la première marche d’un nouvel et long escalier dans la construction d’une conscience collective environnementale et politique.

[1] Notre Planète, Christophe Magdelaine, 2019, https://www.notre-planete.info/actualites/405-annees-plus-chaudes-Terre

[2] Zachary Labe, G. Magnusdottir & H.S. Stern, 2018, https://sites.uci.edu/zlabe/arctic-sea-ice-volumethickness/

[3] Les Echos, Cécile Desjardins, 2017, https://www.lesechos.fr/2017/02/vers-une-multiplication-des-catastrophes-naturelles-158441

[4] La Tribune, Giulietta Gamberini, 2020, https://www.latribune.fr/entreprises-finance/transitions-ecologiques/comment-l-union-europeenne-veut-financer-sa-transition-ecologique-837035.html

[5] Wikipédia, 2020, https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Pitron

[6] Manche.gouv, 2017,  http://www.manche.gouv.fr/Politiques-publiques/Amenagement-territoire-energie/Developpement-Durable/La-transition-ecologique

[7] Commission européenne, 2020, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal_fr

[8] Commission européenne, 2020, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-industrial-strategy_fr

[9] Toute l’Europe, 2019, https://www.touteleurope.eu/actualite/la-dependance-energetique-europeenne.html

[10] Toute l’Europe, 2019, https://www.touteleurope.eu/actualite/l-energie-dans-l-union-europeenne.html

[11] Futura sciences, 2019, https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/energie-renouvelable-sont-cinq-types-energies-renouvelables-4134/

[12] Le Grand Continent, Guillaume Pitron, 2018, https://legrandcontinent.eu/fr/2018/01/13/lempire-des-metaux-rares/

[13] « La Chine et les terres rares : son rôle critique dans la nouvelle économie », Notes de l’IFRI, John Seaman, janvier 2019, https://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/chine-terres-rares-role-critique-nouvelle-economie

[14] Le Grand Continent, Guillaume Pitron, 2018, https://legrandcontinent.eu/fr/2018/01/13/lempire-des-metaux-rares/

[15] Thinkerview, Guillaume Pitron, 2020, https://www.youtube.com/watch?v=2lHTHINmNVk&t=2s

[16] La Guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique, Guillaume Pitron, 2018

[17] GEO.fr, 2014, https://www.geo.fr/environnement/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433

[18] Planetoscope, 2020, https://www.planetoscope.com/sols/1048-production-mondiale-de-terres-rares.html

[19] Planetoscope, 2020, https://www.planetoscope.com/sols/1048-production-mondiale-de-terres-rares.html

[20] Euractiv, Laura Cole, 2019, https://www.euractiv.fr/section/energie/news/europe-takes-on-chinas-global-dominance-of-rare-earth-metals/

[21] Euractiv, Laura Cole, 2019, https://www.euractiv.fr/section/energie/news/europe-takes-on-chinas-global-dominance-of-rare-earth-metals/

[22] BRGM, Dossier Enjeux des Géosciences, Les Terres-Rares, 2017

[23] ADEME, Bilan GES, 2019, https://www.bilans-ges.ademe.fr

[24] Sénat, rapport n° 617, Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques, M. Patrick HETZEL député et Mme Delphine BATAILLE sénatrice, 2015-2016

[25] Solvay, Voyage au coeur des terres rares, 2018

Références

ADEME, Bilan GES, 2019, https://www.bilans-ges.ademe.fr, vu le 18 avril 2020.

BRGM, Dossier Enjeux des Géosciences, Les Terres-Rares, 2017, https://www.brgm.fr/sites/default/files/dossier-actu_terres-rares.pdf, vu le 18 avril 2020.

Commission européenne, 2020, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal_fr, vu le 6 avril 2020.

Commission européenne, 2020, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-industrial-strategy_fr, vu le 6 avril 2020.

Les Echos, Cécile Desjardins, 2017, https://www.lesechos.fr/2017/02/vers-une-multiplication-des-catastrophes-naturelles-158441, vu le 18 avril 2020.

Euractiv, Laura Cole, 2019, https://www.euractiv.fr/section/energie/news/europe-takes-on-chinas-global-dominance-of-rare-earth-metals/, vu le 23 avril 2020.

Futura sciences, 2019, https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/energie-renouvelable-sont-cinq-types-energies-renouvelables-4134/, vu le 4 avril 2020.

GEO.fr, 2014, https://www.geo.fr/environnement/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433, vu le 23 avril 2020.

La Guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique, Guillaume Pitron, 2018, vu le 18 février 2020.

Le Grand Continent, Guillaume Pitron, 2018, https://legrandcontinent.eu/fr/2018/01/13/lempire-des-metaux-rares/, vu le 11 mars 2020.

« La Chine et les terres rares : son rôle critique dans la nouvelle économie », Notes de l’IFRI, John Seaman, janvier 2019, https://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/chine-terres-rares-role-critique-nouvelle-economie, vu le 18 avril 2020.

Manche.gouv, 2017,  www.manche.gouv.fr/Politiques-publiques/Amenagement-territoire-energie/Developpement-Durable/La-transition-ecologique, vu le 6 avril 2020.

Notre Planète, Christophe Magdelaine, 2019, https://www.notre-planete.info/actualites/405-annees-plus-chaudes-Terre, vu le 20 mars 2020

Planetoscope, 2020, https://www.planetoscope.com/sols/1048-production-mondiale-de-terres-rares.html, vu le 11 mars 2020

Sénat, rapport n° 617, Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques, M. Patrick HETZEL député et Mme Delphine BATAILLE sénatrice, 2015-2016, https://www.senat.fr/rap/r15-617-1/r15-617-1.html, vu le 22 mars 2020.

Solvay, Voyage au coeur des terres rares, 2018, https://www.solvay.fr/article/voyage-au-coeur-des-terres-rares, vu le 20 mars 2020.

Thinkerview, Guillaume Pitron, 2020, https://www.youtube.com/watch?v=2lHTHINmNVk&t=2s, vu le 7 janvier 2020.

Toute l’Europe, 2019, https://www.touteleurope.eu/actualite/la-dependance-energetique-europeenne.html, vu le 6 avril 2020.

La Tribune, Giulietta Gamberini, 2020, https://www.latribune.fr/entreprises-finance/transitions-ecologiques/comment-l-union-europeenne-veut-financer-sa-transition-ecologique-837035.html, vu le 20 mars 2020.

Zachary Labe, G. Magnusdottir & H.S. Stern, 2018, https://sites.uci.edu/zlabe/arctic-sea-ice-volumethickness/, vu le 6 avril 2020.

Wikipédia, 2020, https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Pitron, vu le 7 janvier 2020.

COVID-19, ultime coup de semonce de la planète ? Civilisation en danger

Par Nicolas Hell, étudiant ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés:

Fonte des glaces, élévation du niveau des océans et mers, pollution de l’air, catastrophes naturelles à répétition : phénomènes présents depuis toujours mais dont l’amplitude et la fréquence s’accélèrent drastiquement (Radio Canada 2019) : tant de messages de la nature censés nous faire prendre conscience de la situation actuelle et des changements à mettre en place.

Il est bon de rappeler que le dérèglement climatique s’accélère de manière exponentielle cette dernière décennie, due notamment à l’augmentation de nos activités et donc celle des émissions de CO2 sur terre (Graphique de la moyenne mondiale d’émission de CO2 par année, Banque Mondiale de Données, 2020). Ce dérèglement climatique perturbe non seulement la santé l’Homme du fait de l’augmentation des maladies cardio-vasculaires et pulmonaires notamment mais également celles des animaux (Lavigne, E., 2017).

Source: Banque Mondiale

Tandis que certaines espèces s’éteignent, d’autres quant à elles font l’objet de mutations pouvant donner lieu à l’apparition de certaines maladies. Le COVID-19 fait partie de l’une d’entre elles et est d’origine animale, provenant probablement de la chauve-souris ou du pangolin d’après les différentes études en cours sur le sujet. Cette mutation aurait permis la transmission du virus chez l’Homme. (Zhang, et al. 2020).

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte en ce qui concerne l’apparition de cette épidémie. Tout d’abord les animaux sont soumis à un stress permanent lié aux activités humaines et au non-respect de la biodiversité (20 minutes, 2020). De plus, le changement de climat pousse les animaux à changer leur manière de vivre et doivent donc s’adapter à ces conditions de vie en perpétuelle évolution, impliquant ainsi la sélection naturelle (WWF 2015).

Selon la théorie de l’évolution et comme le disait Darwin « les espèces animales et végétales ont dû changer pour survivre ». Les mutations font partie de ces changements nécessaires à leur survie. Climat, non-respect de la biodiversité, augmentation de la consommation de produits d’origine animale, autant de facteurs pouvant favoriser l’apparition de mutations donnant lieu à la crise dans laquelle nous nous trouvons au moment même de la rédaction de cet article.

Dans le cadre de cet article, j’ai donc choisi d’aborder un sujet récent et actuel afin d’étudier l’influence que le COVID-19 entraîne indirectement sur notre environnement depuis son apparition. Ce virus correspond-t-il à un message de la nature afin de nous orienter vers de nouvelles manières de consommations ? De productions ? De nous permettre de prendre conscience de la gravité environnentale ?

Impacts du COVID-19 sur notre environnement

Plusieurs constatations ont pu être observées suite à la réduction ou à l’arrêt des activités des entreprises à travers le monde. Depuis l’espace et grâce aux capteurs présents sur les satellites, il est déjà possible de voir ces effets, à peine 1 mois et demi après le début de l’épidémie comme nous le montre l’image satellite ci-dessous prise par Josh, S. 2020).

En effet la densité d’azote, correspondant à l’un des principaux facteurs de la pollution atmosphérique dans l’air, a diminué de façon significative. En Chine, comme le rapporte la NASA, les concentrations de NO2 ont considérablement diminué entre le mois de janvier et février. La fermeture de centrales de production, de sites industriels, et la diminution du trafic automobile sont à l’origine de cette diminution.

Image satellite, illustrant la différence de NO2 présents dans l’air en Chine entre le 01/01/20 et le 25/02/20

L’impact de ces mesures sur la qualité de l’air est déjà visible à partir de capteurs sur satellite. Par exemple, dans le cas du nord de l’Italie fortement industrialisé, urbanisé, et sur la base des mesures de confinement prises, les données fournies par le satellite IASI, l’analyse du CNRS et de l’EPHA (European Public Health Alliance) montrent que les concentrations de NO2 et de CO ont subi une diminution considérable (CITEPA 2020).

Des événements spéciaux locaux ont déjà réussi à entrainer une réduction des émissions, comme lors des mesures prises lors des Jeux olympiques de 2008 à Pékin. La différence réside dans le fait que la réduction que nous observons sera progressive dans le temps. Cependant, selon la NASA et en ce qui concerne la pandémie de COVID-19, ce serait la première fois que la concentration de polluants dans l’air d’une certaine zone chute aussi rapidement.

Ces images satellites illustrent comment les activités humaines affectent notre qualité de l’air et cela en moins de 2 mois. Depuis que des mesures ont été prises par le gouvernement et sur la base des recherches menées par le CITEPA (2020), la qualité de l’air s’est considérablement améliorée. Evidemment, de telles mesures ne sont pourront pas être envisageables sur le long terme, mais il est possible de trouver des moyens afin de limiter cette pollution, notamment notre pollution atmosphérique. L’arrêt des activités humaines n’est pas possible, mais son optimisation quant à elle si.

Zone de Texte: Source : Gouhier, N., Newsletter « Ça m’intéresse »Un autre point à soulever en dehors des images prises par satellite est celui de la pollution visuelle. A Paris ou dans d’autres capitales, il est également possible d’apercevoir la disparition de nuages dit de « pollution », grâce aux images de Gouhier, N. (2014-2020) et confirmant ainsi ce que relayent les images satellites. Sur les deux photos prises ci-dessous, il est très clairement observable que la pollution visuelle est réduite de façon considérable dans le cas de Paris. L’impact du COVID-19 et du confinement plus particulièrement, nous font à tous prendre conscience que les activités humaines sont en grande partie responsables de cette dernière.

Source : Gouhier, N., Newsletter « Ça m’intéresse »

Enfin, il faut souligner que le COVID-19 a des effets directs et indirects sur les sources d’émission de gaz à effet de serre (GES). Cela est principalement dû aux mesures prises pour limiter la prolifération de la maladie.

Selon les prévisions de PERTHUIS, C. (2020) les Etats-Unis, l’Europe, et la Chine vont connaître des baisses d’émissions annuelles se situant aux alentours de 800 Mt. Avec une réduction de 2 Gt, le reste du monde correspondrait ainsi au plus gros contributeur de la baisse de cette émission mondiale. A cette échelle, une chute des émissions de l’ordre de 5 Gt serait possible, correspondant ainsi à une baisse de 14% d’émission de GES. Une diminution des émissions mondiales de 3% permettrait d’après les calculs de l’UNEP, de s’orienter sur une trajectoire pouvant envisager une limitation du réchauffement à 2°C. Une baisse de 7 % quant à elle permettrait de se maintenir à une température de 1,5° C nous faisant ainsi gagner 2 ans face au réchauffement climatique. Une baisse de 14% permettrait d’en gagner 5 face à ce dernier et de manière générale, vis à vis dérèglement climatique. Le temps n’est pas notre allié dans cette situation, cela n’est donc pas négligeable.

Gestion des priorités

La gestion des priorités est un élément primordial dans le monde du travail. Le succès passe nécessairement par une bonne gestion de ces dernières ou du moins est atteint beaucoup plus rapidement.

48000

Nombre de décès liés à la pollution atmosphérique (exposition aux particules PM2.5) en France et par an (Santé Publique France, 2019).

22614

Nombre de décès liés au Coronavirus en France au 26 Avril 2020 (Le Maire, M. 2020)

La pollution atmosphérique fait donc, à l’heure où j’écris cet article, 2 fois plus de victimes que le COVID-19 mais n’est clairement pas pris en considération de la même manière. Evidemment, beaucoup de personnes sont touchées par le COVID-19 sans forcément y perdre la vie (taux de mortalité de 0,66%) selon Bellanger, E. (2020). Lorsqu’on y réfléchit bien, qui n’est pas touché par la pollution atmosphérique ? Absolument personne, ni même un individu vivant à des milliers de kilomètres de la ville la plus proche n’est épargné. 7,5 milliards de personnes concernées et soumises à un danger permanent.

La pollution de l’air ne doit pas être négligée. 7 millions de personnes décèdent d’une pathologie en lien avec la pollution atmosphérique chaque année. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), a déjà sonné l’alerte. Même le SIDA (1,1 million), la tuberculose (1,4 million), le diabète (1,6 million), et les accidents de la route (1,3 million) réunis ne font pas autant de victimes.

Selon l’OMS, la pollution de l’air serait qualifiée de facteur de risque majeur des maladies non transmissibles. De plus, elle serait considérée comme étant à l’origine de 70 % des décès dans le monde. Selon les estimations de l’ONU (2018), (Histogramme de la proportion de décès en lien avec la pollution de l’air, ONU 2018), la pollution de l’air est impliquée dans 24% des morts par infarctus, 25% par accident vasculaire cérébral (AVC), 29 % des morts par cancer du poumon, et 43% des maladies pulmonaires (ex : broncho-pneumopathies, asthme…). Le changement climatique et notamment la pollution de l’air affecte donc nos vies beaucoup plus qu’on ne le pense et cela beaucoup plus que le virus. Le coronavirus a prouvé à tout le monde, qu’il y a un lien direct entre notre économie et la santé de notre planète, de notre santé par la même occasion.

La vraie question est : pourquoi le COVID-19 réussi-t-il à induire un changement de mode vie drastique tandis que la pollution atmosphérique très peu voire pratiquement aucun ?

Certes nous ne sommes pas habitués et préparés à une crise sanitaire mais pourquoi réagir lorsque la situation est extrême en un temps réduit. La pollution atmosphérique quant à elle, agit sur le long terme et qui est, non seulement, et comme le COVID-19 un mal invisible. Elle agit sur une période infinie tant que nous n’opérons pas un réel changement dans nos habitudes de consommation et de production, en d’autres termes, dans notre manière de vivre. En effet, c’est un mal qui est prévisible, quantifiable étant donné qu’il n’est pas nouveau et est présent depuis plusieurs années à contrario avec le COVID-19.

La pollution atmosphérique fait partie intégrante du dérèglement climatique. Selon Delattre, M. (2020) il serait donc possible d’envisager que l’apparition de ce virus soit intimement liée à la pollution atmosphérique, et de manière générale à l’exploitation excessive de notre environnement. En partant de la même hypothèse, il est donc possible de penser que la crise que nous traversons actuellement aurait potentiellement pu être évitée dans le cas où l’ordre de nos priorités auraient évolués.

Conclusion

Il est important de rester optimiste et l’épisode que nous traversons doit être une opportunité pour nous d’évoluer dans notre manière de vivre, de voir ce qu’il est possible d’améliorer dans notre système, de revoir l’ordre de nos priorités. Prenons cela comme une leçon de vie que la nature nous envoie. Cette dernière peut correspondre à un avertissement, un message de prévention d’une crise encore plus importante que celle du COVID-19.

Pour ma part je pense, que cette crise est une chance unique qui nous est offerte afin de réaliser une transition ; la transition écologique est un exemple parmi tant d’autres. Il est temps de prendre conscience et d’accepter le fait que nous allons devoir évoluer pour le bien de tous, le bien commun. La pollution de l’air met la population mondiale en danger permanent et seulement une partie en prend réellement conscience.

L’utilisation d’énergie fossile n’est pas durable, et nous en sommes actuellement dépendants. Il s’agit de trouver une alternative durable. Alors pourquoi continuer d’exploiter la terre et ne pas se focaliser sur un mode de fonctionnement durable, sans échéance. La révolution automobile est en cours mais ne peut développer son plein potentiel du fait du lobbying du pétrole. Vouloir faire du profit ? A quoi bon si cela entraîne l’extermination de notre espèce ? La vie n’est pas un bien matériel qu’il est possible d’acheter mais qui peut être préservé par un changement du comportement général.

De mon point de vue il n’est pas judicieux d’effectuer un rapport de force humain/nature. La nature l’emportera toujours, elle a bien mené à l’extinction des dinosaures, alors pourquoi pas nous ?

Pour reprendre la théorie de l’évolution de Darwin je considère qu’il est nécessaire d’évoluer et de s’adapter si nous souhaitons survivre, le temps ne joue pas en notre faveur, c’est le moment de réfléchir et d’agir au nom de la société, au nom de la population mondiale, l’individualité ne mènera à rien, c’est un combat à mener collectivement.

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements » CHARLES DARWIN

Références

BELLANGER, E. (2020), Covid-19 : un taux de mortalité allant de 0,0016 % pour les 0 à 9 ans à 7,8 % pour les 80 ans et plus, selon « The Lancet Infectious Diseases ». Le Quotidien du Médecin [En ligne]. [Vu le 5 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/recherche-science/covid-19-un-taux-de-mortalite-allant-de-00016-pour-les-0-9-ans-78-pour-les-80-ans-et-plus-selon

CITEPA (2020). MESURES CONTRE LE CORONAVIRUS : EFFET SUR LES ÉMISSIONS DE POLLUANTS ET DE GAZ À EFFET DE SERRE. CITEPA (2020) [En ligne]. [Vu le 17 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.citepa.org/fr/2020_03_a06/

CITEPA (2020). EMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE ET COVID-19. CITEPA (2020) [En ligne]. [Vu le 17 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.citepa.org/fr/2020_04_a03/

Darwin, C. (1859). L’origine des espèces par la sélection naturelle. Flammarion.

Delattre, M. (2020), Pollution de l’air extérieur & Covid-19. APPA [En ligne]. [Vu le 5 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.appa.asso.fr/pollution-de-lair-exterieur-covid-19/

Floreal, H. (2020). La responsabilité humaine coupable dans le transfert des nouveaux virus de l’animal à l’homme. 20minutes [En ligne]. 8 Avril 2020. Mise à jour le 9 Avril 2020 [Vu le 10 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.20minutes.fr/planete/2757427-20200408-responsabilite-humaine-coupable-transfert-nouveaux-virus-animal-homme

Gouhier, N.,(2020). Ça m’intéresse [image digitale]. [Vu le 19 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.caminteresse.fr/environnement/confinement-un-avant-apres-de-la-pollution-a-paris-11136546/

Graphique de la moyenne mondiale des émissions de CO2, Banque mondiale de données, Mise à jour le 18 Mars 2020 disponible sur : https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/EN.ATM.CO2E.KT

Histogramme de la proportion de décès en lien avec la pollution de l’air, Organisation Mondiale de la Santé, Mise à jour le 2 Mai 2018 sur : https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/05/02/la-pollution-de-l-air-tue-7-millions-de-personnes-par-an-dans-le-monde-alerte-l-oms_5293076_3244.html

Josh_S., (2020). Earth Matters [image digitale]. [Vu le 1 Février 2020]. Disponible sur : https://earthobservatory.nasa.gov/blogs/earthmatters/2020/03/05/how-the-coronavirus-is-and-is-not-affecting-the-environment/

Lavigne, E., (2017). LA POLLUTION DE L’AIR AUGMENTE LES MALADIES CARDIAQUES ET PULMONAIRES. Planète Santé [En ligne]. 12 Novembre 2017. Mise à jour le 16 Novembre 2017 [Vu le 3 Avril 2020]. Disponible sur: https://www.planetesante.ch/Magazine/Sante-au-quotidien/Pollution/La-pollution-de-l-air-augmente-les-maladies-cardiaques-et-pulmonaires

LeMaire, M. (2020) DIRECT. Coronavirus en France : les personnes guéries sont-elles immunisées ? Linternaute [En ligne]. [Vu le 26 Avril 2020]. Disponible sur :  https://news.google.com/covid19/map?hl=fr&gl=FR&ceid=FR:fr

PERTHUIS, C. (2020). COMMENT LE COVID-19 MODIFIE LES PERSPECTIVES DE L’ACTION CLIMATIQUE. Chaire Economique du Climat [En ligne] Disponible sur : https://www.chaireeconomieduclimat.org/wp-content/uploads/2020/04/ID-63.pdf

Radio Canada (2019). Le changement climatique pèse lourd sur les océans et les glaces [En ligne]. Radio Canada. [Vu le 18 Février 2020]. Disponible sur : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1309093/effets-rechauffement-climatique-oceans-glaces

Santé Publique France (2019). Pollution atmosphérique : quels sont les risques ? Santé Publique France (2019) [En ligne] [Vu le 5 Avril 2020]. Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/pollution-et-sante/air/articles/pollution-atmospherique-quels-sont-les-risques

WWF (2015). IMPACTS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LES ESPÈCES [en ligne]. WWF. [Vu le 7 Mars 2020]. Disponible sur : https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2017-07/151110_rapport_les_impacts_du_changement_climatique_sur_les_especes.pdf

Zhang, T., Qunfu, W., Zhigang, Z.(2020). Probable Pangolin Origin of SARS-CoV-2 Associated with the COVID-19 Outbreak. Current Biology [En ligne]. 30(7), Pages 1346-1351. [Vu le 7 Mars 2020]. Disponible sur : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0960982220303602

Comment les véganes vont-ils sauver le monde ?

Par Océane Goyard-Gully & Camille Pinguet, étudiantes ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #Végane #Environnement #Sous-nutrition #Population #Solution

Dessin réalisé par les auteurs

Dans un monde où l’offre alimentaire n’a jamais été aussi diversifiée, on observe l’apparition de plus en plus d’individus véganes. ​Le Robert définit un végane (du mot anglophone « vegan ») comme un être excluant tout produit d’origine animale et qui adopte un mode de vie respectueux des animaux. En pratique, cela équivaut à ne pas manger de produits issus d’animaux tels que la viande, le poisson, le beurre ou le miel et proscrire l’utilisation de la fourrure et de la laine par exemple. Selon les statistiques d’Esther Moyou (​2017​), le véganisme n’était suivi que par 4% des Français. Ainsi, comment les véganes pourraient-ils sauver le monde?

Le véganisme : sauveur de la population et de l’environnement ?

Tout d’abord, n’y aurait-il pas une mauvaise répartition dans l’utilisation des céréales? En effet, est-ce que nous ne nourrissons pas plus d’animaux que d’humains? Ainsi, en utilisant la nourriture utilisée dans l’élevage bovin, pourrions-nous combattre la sous-nutrition de la population?

Il est à savoir que les animaux sont de mauvais convertisseurs d’énergie. C’est-à-dire que pour obtenir un kilo de protéines animales, il faut une quantité importante de protéines végétales (céréale, etc.). ​Anne Mottet et autres (​2017​) établissent qu’il faut, en moyenne, 7 kg de protéines végétales pour les bovins, 6 kg pour les poulets et les cochons et 3 kg pour le​s œufs pour obtenir un kilo de protéine animale. Il s’agit d’une ressource alimentaire qui pourrait être utilisée pour nourrir les personnes souffrant de sous-nutrition. Pourquoi ne revoyons-nous pas leur utilisation ?

Dans son rapport, Henning Steinfeld ​(​2006​) ​a déclaré qu’au niveau m​ondiale 70% des terres à usage agricole sont directement et indirectement consacrées à l’élevage. En France, il s’agirait de la majorité de la production des céréales transformées (son de blé, etc.), soit 40% des terres cultivables. ​Par ailleurs, le ​Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a publié en 2020 le rappel des réglementations liées à l’​Alimentation Animale afin que l’Homme puisse se nourrir de produits d’origine animale sans causer de dégâts sur sa santé.

Graphiques réalisés par les auteurs d’après les données de P​assion Céréales 2016-2019

Devenir végane c’est aussi avoir un impact positif sur le prix des denrées. Dans leur étude​, S​ iwa Msangi et Mark W. Rosegranti (​2012​) ​se basent sur une diminution de 50% de la consommation de viande par rapport à la consommation de l’an 2000 dans les pays développés (incluant la Chine et le Brésil). Ils ont obtenu une baisse de 50% du prix des aliments d’origine animale. Grâce à cette diminution du prix, le tiers-monde pourrait s’offrir de la viande et augmenter sa consommation de 35%. De plus, Siwa Msangi et Mark W. Rosegranti ont projeté une diminution du prix de nombreux aliments d’origine végétale grâce à une baisse de consommation mondiale de produits d’origine animale de l’ordre de 20%. Par exemple, ils ont obtenus que les prix du manioc et du blé baisseraient de 7%, celui des patates douces de 10%, celui du maïs, de l’avoine et du millet de 20%. En réduisant notre consommation de viande, nous pourrions orienter les productions de céréales à destination de l’alimentation humaine. Ainsi, ces diminutions de production, consommation, et de tarif permettraient d’augmenter la ration calorique des habitants des pays du tiers-monde et ​donc de réduire le nombre de personnes souffrant de sous-nutrition​. ​Les productions de céréales pourraient donc être à destination de l’alimentation humaine.

Par la suite, n’y aurait-il pas un impact positif sur notre environnement ? Le véganisme nous aiderait-il à réduire les gaz à effet de serre?

À l’aide des chiffres clés avancés par Interbev ​(​2013​), prenons l’exemple de la France qui exporte 240 000 tonnes de bovins chaque année. Afin de transporter la viande, des camions frigorifiques de type ​ensembles articulés de 40 tonnes (Poids Total Roulant Autorisé) (ADEME, ​2011​) sont utilisés. Comme l’indique le Ministère de la Transition écologique et solidaire (​2018​), ils émettent 180g de CO2 par tonne transportée et par kilomètre parcouru. La distance moyenne parcourue par les produits exportés par la France est de 2 430,4 km (calcul des auteurs d’après l’Insee​, ​2018​). On obtient, selon les calculs des auteurs, une émission de 335 000 tonnes de CO2 par an qui pourrait être déduite des 340 millions de tonnes ​émises chaque année par la France selon l’étude du ​édité par Paul Manuel Godoy Hilario (​2019​), ce qui n’est pas négligeable. Ainsi, cesser d’exporter la viande bovine française aurait déjà un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. À une échelle mondiale, cela serait d’autant plus bénéfique à l’environnement.

Le véganisme : une solution viable ?

Comme nous l’avons évoqué, l’arrêt d’échanges de produits animaliers pourrait contribuer à la diminution de la pollution. Néanmoins, cela entraînerait la chute des exportations mondiales.

Par exemple, prenons l’article regroupant les chiffres de l’élevage français publié par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation en ​2016​. Cette même année, la France a réalisé un chiffre d’affaires de 34 milliards d’euros pour ses industries agroalimentaires de transformation et préparation de viandes dont 3,5 milliards € représentant son exportation de viandes et d’abats. Aussi, 210 376 exploitations sont consacrées à l’élevage en France, représentant 304 670 emplois à temps plein. L’arrêt de cette activité entraînerait une perte financière additionnée à de nombreuses pertes d’emplois.

Cependant, pour compenser cette perte, nous pourrions transformer toutes les terres employées au pâturage en champ d’agriculture. Effectivement, arrêter de manger de la viande à l’échelle mondiale conduirait à une augmentation de consommation d’autres aliments : les populations consommeraient plus de céréales et de légumes. Mais ces terres anciennement consacrées à l’élevage ne sont pas forcément fertiles et propices à la culture.

Dans son rapport, Henning Steinfeld a aussi rédigé que 26% de la surface des cinq continents deviendrait inutile à la production alimentaire.

Toutefois, n’existe-il pas une seconde alternative ? Peut-être devrons-nous utiliser des organismes génétiquement modifiés (OGM) afin de nourrir toute la population et pallier aux pertes de terres destinées à la production alimentaire ?

Dans sa publication, le Ministère de la Transition écologique et solidaire (​2019​) déclare que le soja et le maïs représentent 81% des OGM à l’échelle mondiale. Cette pratique est avantageuse puisqu’elle permet d’améliorer le qualités nutritives de l’aliment et d’utiliser moins de pesticides. Toutefois, il est à noter qu’elle est méticuleusement réglementée en France et que la production de maïs génétiquement modifié a été prohibée en 2013 car considérée comme néfaste pour la santé. En effet, le débat de ​Séralini G.E. et autres ​retranscrit par le CRIIGEN (​2014​) fait apparaître des effets nocifs sur l’homme à long terme tel que le cancer.

Si toute la population devenait végane, la France devrait donc revoir ses réglementations liées à cette agriculture pour pouvoir s’imposer dans l’exportation de céréales en étudiant les aspects néfastes sur notre santé et en réadaptant la production d’OGM.

L’alimentation est-elle la seule filière touchée par un changement de régime alimentaire ? Le véganisme ne causerait-il pas des dégâts dans d’autres filières?

Dans son ​Édition 2019​, Passion Céréales évalue la production de maïs à 12,5 millions de tonnes, soit 20% des récoltes de céréales en France. Elle se place ainsi comme le second producteur européen de maïs en grains. A contrario, ​Terres Univia a communiqué la production moyenne de soja entre 2010 à 2014. Celle-ci ne couvre qu’une infime partie de la consommation française. En effet, il est montré que la France ne produit que 140 000 tonnes de soja alors que la consommation nationale s’élève à 3,3 millions par an. Notre pays se voit donc dans l’obligation d’importer en masse depuis les principaux pays producteurs. De plus, si la population mondiale devenait végane dans les années à venir, cette consommation pourrait considérablement augmenter et rapidement. Par exemple, la France, pour pallier à la non-consommation de viande, se verrait dans l’obligation d’arrêter son exportation et d’importer massivement des légumineuses, comme le soja, ce qui engendrerait une augmentation d’émissions de CO2.

Graphique réalisé par les auteurs d’après les données de Passion Céréales (2019)

De plus, en dehors de notre alimentation, le véganisme nous obligerait à revoir d’autres filières telle que celle du cuir.

L’Europe est le deuxième exportateur mondial de cette activité. La France est classée 5ème exportateur mondiale d’après le Conseil National du Cuir (​2018​), avec 5% des parts de marché. Le communiqué de presse émis sur son site web en 2020 montre que la France réalise un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros dans cette filière, dont 10,6 milliards pour ses exportations. Par ailleurs, elle est “un des leaders mondiaux des cuirs de veau et peaux exotiques”.

Graphiques réalisés par les auteurs d’après les données F​iche pays 2018 – Conseil National du Cuir

En interdisant cette production et en ne proposant aucune alternative, nous verrions une augmentation du chômage en France avec une perte de 130 000 emplois d’après les chiffres du Conseil National du Cuir. Cet arrêt de productivité engendrerait une baisse de l’économie française.

Finalement, le véganisme : véritable sauveur de l’humanité?

Comme nous l’avons vu, le véganisme permettrait de pallier à la sous-nutrition et de réduire notre empreinte carbone. Ainsi devenir végane apparaît comme une solution qui permettrait de sauver le monde. Alors qu’attendons-nous ?

Sous un autre angle, si tout le monde devenait végane, l’impact sur l’économie serait important. Par exemple, si la France cessait d’exporter ses produits (alimentaires et matériaux) d’origine animale, elle serait obligée, pour faire face à cette perte, d’avoir recours à des alternatives telles que les OGM. Malheureusement, cette pratique comporte trop de risques pour notre santé. Et sommes-nous prêt à prendre ce risqu​e ?

Face à ces enjeux, devenir végane n’apparaît plus comme une solution-miracle. Alors envisageons plutôt une solution moins drastique : les régimes alimentaires flexitariens (“Qui limite sa consommation de viande, sans être exclusivement végétarien”, ​Le Robert​) ou “reductarian” (terme anglais définissant des personnes limitant leur alimentation, REDUCTARIAN (site)​). Pourraient-ils contribuer aux avantages procurés par le régime végane sans en apporter les inconvénients, tout en permettant une liberté de goût ?

Et en tant que Français, une bonne entrecôte et un camembert, c’est quand même pas mal !

Références

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Climat et modèles économiques : la monnaie locale complémentaire

Par Cyril Pinna, étudiant ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #Modèles économiques #Monnaies locales complémentaires #Climat #Mondialisation

Le réchauffement climatique est la problématique du siècle, majoritairement tournée autour des conséquences environnementales, nous en oublions sa fondation : celle d’une société fonctionnant sur les bases du productivisme sans vision durable de son système. Est-il possible de repenser notre modèle économique pour une production et une consommation durable ? A travers cet article, nous nous intéresserons aux Monnaies Locales Complémentaires (ou MLC), pour lesquelles nous en expliqueront leur fonctionnement et le modèle économique qu’elles tentent d’impulser. Quel est le lien entre une monnaie et le réchauffement climatiques que nous rencontrons aujourd’hui ? Celui-ci n’est pas explicite mais nous verrons assez vite que ces deux notions sont relativement liées.

Pour cela, nous nous pencherons dans un premier temps sur un modèle vulgarisé de circulation monétaire à échelle macroéconomique pour lesquelles sont soumises les devises nationales/internationales (comme l’Euro, le Dollar, le Yen, le Pounds… etc.) Ces bases permettront de discerner le caractère novateur des MLC et pourquoi celles-ci proposent une vision novatrice du modèle économique actuel, sur les plans économique et social. Dans une seconde partie, nous traiterons de ses caractéristiques économiques, de sa philosophie et des limites auxquelles elle est rattachée. Nous terminerons ensuite par une conclusion fruit d’une réflexion personnelle.

Dans une économie traditionnelle, nous pouvons mettre en lumière trois grands acteurs : les ménages (ou population, que nous pouvons subdiviser en travailleurs et en capitalistes), les entreprises (PME/TPE, GE et les banques) et l’État. Les ménages consomment ce que les entreprises produisent et ces dernières les rémunèrent sous forme de salaire, intérêts ou encore dividendes. Il y a donc un flux monétaire entre ménages et entreprises car la consommation des uns fait le revenu des autres. A cela s’ajoute l’État qui, sous forme de taxe visant à imposer les deux précédents acteurs, va théoriquement réinjecter cet argent dans le publique sous forme d’infrastructure (destinées à la consommation) ou sous forme d’aides sociales, de retraites ou d’autres (destinés aux ménages et aux entreprises).

Circulation monétaire à échelle macroéconomique entre ses différents acteurs étatiques
Source: Heu?reka, 2014

Lorsque l’économie ralentie et que les ménages/entreprises consomment moins, les entreprises ont alors moins de revenus. Comme la consommation des uns fait le revenu des autres, cela impacte le revenu des ménages, le flux de circulation monétaire diminue, expliquant alors le fort impact des crises sur le modèle économique traditionnelle que nous avons aujourd’hui.

Il est bon de rappeler que les ménages et entreprises ne consomment pas l’entièreté de leur revenu : ils l’épargnent. Il convient dès lors d’ajouter ce nouveau flux dans notre schéma. En théorie, les banques possédant l’épargne de ces derniers sont censés la réinjecter sous forme de prêts. On dit alors qu’elles émettent de la dette.

Lorsque les taux proposés par les banques de détails ne plaisent pas, il est alors possible de passer par des Fonds d’Investissements : des entreprises publiques et privées qui réinvestissent leur argent dans des marchés financiers, permettant alors de lier Grandes Entreprises et États aux marchés financiers.

Les importations et exportations donnent une balance commerciale : si nous importons plus que nous n’exportons, il y a alors un flux sortant de masse monétaire, et vice-versa.

Circulation monétaire à échelle macroéconomique entre ses différent acteurs – simplifié Source: Heu?reka, 2014

La brève explication de ce modèle permet de comprendre comment fonctionnent des devises comme l’euro ou le dollar tout en mettant en contraste les différences d’échelles entre économie locale et économie mondialisée, pour laquelle la création de richesse passe par la dette, les intérêts et la croissance. Croissance pour laquelle nous allons nous donner pour objectif premier de produire toujours plus de richesse (le productivisme que nous connaissons aujourd’hui) et pour lequel va découler un besoin de créer des consommateurs pour lesdits produits fabriqués (duquel va découler le consumérisme).

Il convient dès lors d’illustrer cela en comparant l’évolution du PIB mondial (afin d’illustrer la somme de la production des richesses mondiales) et les rejets de gaz à effet de serre (GES) en équivalent CO2 entre 1970 et 2012, à échelle mondiale. Le PIB (Produit Intérieur Brute) est « un indicateur permettant de quantifier la valeur totale de la production de richesse annuelle effectuée par les agents économiques (ménages, entreprises, administrations publiques) résidant à l’intérieur d’un territoire) » (Wikipédia, 2020). Le PIB mondial désigne alors la somme de toutes ces productions de richesses.

Les GES sont des composants gazeux absorbant une partie des rayonnement infrarouges terrestres, responsable notamment du phénomène de réchauffement climatique (Wikipédia, 2020).

PIB Mondial (en $ courant) de 1970 à 2012
Source: La Banque Mondiale, 2018
Émission totale de Gaz à Effet de Serre (kt d’équivalent CO2) entre 1970 et 2012
Source: La Banque Mondiale 2014

D’après la figure 3, nous pouvons voir que le PIB mondial de 1970 à 2012 a été multiplié par 7, tandis que les rejets de CO2 ont été multipliés par 2,5. En 1970, alors que le PIB mondial était de 2 965 milliards de $ pour des rejets équivalent à 14 800 000 kt de CO2, la production de richesse pour une tonne de GES se chiffre à 200,48$/t. Alors qu’en 2012, pour un PIB mondial de 75 085 milliards de $, et un rejet de 35 470 000kt de CO2, nous avions produit 2116,80$/t CO2 (calculs de l’auteur).

Calculs du coût en $ courant du rejet de GES (en $/t d’équivalent CO2)
Source: La Banque Mondiale 2014

Nous pouvons alors observer plusieurs choses : d’une part, il nous est possible aujourd’hui de produire plus de richesses en rejetant moins de GES que dans les années 70. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment les innovations technologiques environnementales, les choix politiques en la matière, ou encore les différentes taxes sur le rejet de GES. De l’autre, nous remarquons sur la figure 4 des pics de ralentissements d’émissions de GES en 1983, en 2003 et en 2008, correspondant alors respectivement à la grande récession de 1980 (Universalis) ayant alors touchés les pays de la Triades, au krach boursier survenu peu après 2000 avec l’explosion de la bulle internet (Wikipédia, 2020) et à la crise des Subprime (Wikipédia, 2020. Il semble alors exister une corrélation entre la production de richesse symbolisé par le PIB et le rejet de GES, mais celle-ci n’est pas linéaire et les ratios de production de richesses par tonnes de GES ont aussi évolués (nous observons un décuplement du coût de la production de richesse par tonne de GES émis). Nous pouvons alors mettre en relation une intime corrélation entre richesses produites et rejets de GES, dont plusieurs facteurs (énoncés précédemment) d’optimiser les premiers (PIB) pour amenuiser ces derniers (GES).

Jusqu’où peut-on continuer de croître et quand toucherons-nous les réelles limites acceptable dans les rejets de GES ? Nous est-il possible de repenser un modèle économique dans lequel croissance et dynamique territoriale vont de pair avec les logiques environnementales ? Nous vous proposerons dès lors de nous intéresser au modèle économique insufflé par les monnaies locales complémentaires (MLC), pour lesquelles nous en expliquerons leur fonctionnement, philosophie ainsi que leurs limites.

Qu’est-ce qu’une MLC et à quoi sert-elle ?

« Une monnaie locale est une monnaie complémentaire de la monnaie officielle, l’euro. Toutes les monnaies locales sont adossées à la monnaie nationale. Une monnaie locale ne peut être utilisée que sur un territoire restreint : ville, région… Elle est mise en place par une association qui en assure la gestion avec l’aide d’un établissement financier. […] » (économie.gouv.fr, 2018).

Un groupe de citoyen se rassemble, décide de ses conditions d’utilisations puis la diffuse sur un territoire qu’ils auront préalablement établis. C’est ainsi qu’est créée une MLC, loin du système d’émission de monnaies des banques centrales, elles ont pour vocation de donner une vision plus humaine à l’économie, notamment en favorisant les échanges entre ses acteurs (PME, TPE, artisans… etc.) mais aussi en façonnant une nouvelle manière de voir le commerce.

Théoriquement, la MLC n’a nullement vocation à remplacer la monnaie nationale (economie.gouv.fr, 2018), elle va au contraire chercher la complémentarité (contrairement aux Systèmes d’Échanges Locaux, autre manière d’échanger dans lesquels l’unité de monnaie n’est pas convertible et dont la complémentarité monétaire n’est pas inhérente au système.) Le Franc WIR, mis en place en Suisse en 1937, agit malgré lui en tant que stabilisateur économique (Maison des Sciences de l’Homme – Paris Nord, 2015). Lorsque l’économie du pays se porte bien, ses entreprises commercent avec la monnaie officielle (CHF). Dans le cas contraire, celles-ci vont alors commercer en WIR. Nous pouvons donc nous demander les raisons qui poussent ses entreprises à changer de monnaie lorsque la situation économique n’est plus propice aux échanges.

Contrairement aux grandes devises, les MLC sont fondantes : leur taux d’intérêt négatif ne permet pas aux citoyens de la conserver longtemps. Cette propriété évite l’épargne et l’encourage à la circulation. Dans le schéma précédent de la circulation monétaire à échelle macro-économique, il nous est possible de comprendre qu’en cas de crise, les ménages/entreprises consomment moins et comme la consommation des uns fait le revenu des autres, le flux diminue et l’argent circule de moins en moins. Or avec une telle propriété, la garder n’en résulterait qu’une perte de valeur et il y a tout intérêt à ce que celle-ci soit dépensée (ADECNS, 2015).

Emportée par la crise des Subprime de 2008, la Grèce s’est vue fortement impactée aussi bien économiquement que socialement (Le Monde, 2010), résultant alors une perte de confiance dans leur monnaie nationale (l’euro). Néanmoins, comme toutes monnaies, un besoin de convertir des biens en unités de valeur échangeable s’est fait ressentir. Impulsé par ce besoin, les citoyens de la ville de Volos prennent l’initiative de créer en 2012 le TEM (Mediapart, 2013), une MLC adossée à l’euro (1 TEM = 1 Euro) dont chaque participant se voit doté d’un compte TEM répertoriant les transactions réalisées (débit, virement) et ce de manière totalement transparentes (soit visible de tous). Cette initiative a réussi à redonner de l’importance aux échanges entre habitants et petits artisans dans un environnement économique fortement fragilisé. La circulation d’une MLC au sein d’une économie est vectrice de création de richesse (là où le modèle économique sur lesquelles les devises traditionnelles la créent à travers l’épargne, la dette, les taux d’intérêts…). Il convient dès lors d’illustrer ce propos : prenons l’exemple d’une économie constituée de cinq acteurs, dans laquelle circule 100 unités d’une MLC quelconque.

Modèle simplifié de circulation monétaire
Source: inspiré du modèle présenté par le site internet ADECNS 2015)

Dans cet exemple, le maraîcher va manger de la viande au restaurant, que ce dernier aura acheté au boucher. Celui-ci se fourni chez l’éleveur, qui va nourrir son bétail de restes alimentaires produit par l’épicier. Par la même occasion, l’éleveur va acheter des biens de consommation à usage personnel chez lui. L’épicier va se fournir chez le maraîcher en légumes et autres bien divers. Mais l’épicier va aussi se fournir chez le boucher et manger au restaurant, tout comme le restaurant va se fournir chez l’épicier et le maraîcher.

Ainsi, l’utilisation des MLC revient à faire des choix implicites sur la manière dont nous voulons consommer : voulons-nous consommer des produits issus de petites productions locales à travers des marchés de proximités, ou préférons-nous le confort et la centralisation de produits mondiaux dans un seul et même supermarché ? Voulons-nous développer un marché mondial de la vente en ligne ou redynamiser un espace économique local soumis à des logiques différentes ?
Cette philosophie de consommation est aussi l’une des grandes limites quant à l’expansion des MLC, en plus de problèmes financiers/de liquidités que peuvent entraîner le développement de ces projets (Triangle UMR 5206, 2014). Les coûts de maintenance de ce type de structure peuvent se révéler supérieure à la masse monétaire même de celle-ci (en particulier lorsqu’elles ne trouvent pas assez d’acteurs B2B et B2C pour commercer, (Institut Veblen, 2014). On attend de ces structures qu’elles soient financièrement autonomes (la dépendance à un organisme tiers est dangereuse et pose des soucis de « souveraineté » économique). De plus, ces projets s’inscrivant dans une logique long terme et soucieux de transformation, se heurtent au caractère « court-terme » de leur financement (Institut Veblen, 2014).

Pour impulser une économie à échelle humaine, une monnaie ne suffit pas : il ne s’agit là que d’un support utilisé par un collectif de citoyens conscients des enjeux économiques et sociaux de leur territoire.

Dans cet exemple, le maraîcher va manger de la viande au restaurant, que ce dernier aura acheté au boucher. Celui-ci se fourni chez l’éleveur, qui va nourrir son bétail de restes alimentaires produit par l’épicier. Par la même occasion, l’éleveur va acheter des biens de consommation à usage personnel chez lui. L’épicier va se fournir chez le maraîcher en légumes et autres bien divers. Mais l’épicier va aussi se fournir chez le boucher et manger au restaurant, tout comme le restaurant va se fournir chez l’épicier et le maraîcher.

Loin de moi l’idée de penser que les monnaies locales complémentaires sont le remède ultime contre les maux que causent les institutions financières et le productivisme qui en découle, celles-ci constituent néanmoins une piste de réflexion intéressante qui ont fait leurs preuves à travers plusieurs exemples là où leur tissu économique local se retrouvait fragilisé. Celles-ci dépendent d’une philosophie de vie et d’une manière de consommer propre aux citoyens voulant pérenniser l’idée d’une société durable, locale, humaine et écologique. Combien de personnes seraient réellement prêtes à sacrifier le confort qu’offrent les grandes institutions mondialisées ? Alors qu’il ne suffit que de quelques clics sur internet pour avoir chez soi la totalité des produits du monde dans des délais de plus en plus raccourcis. Le Larousse défini l’économie comme d’un « ensemble [d’] activités d’une collectivité humaine relatives à la production, à la distribution et à la consommation des richesses », il ne dépend alors qu’aux utilisateurs de la monnaie de définir les termes de la société dans laquelle ils souhaitent vivre demain.

Bernard Lietaer, économiste belge ayant travaillé sur les MLC disait : « Il serait naïf de considérer les monnaies locales complémentaires comme une potion magique susceptible de résoudre tous les problèmes présents et à venir. Néanmoins, repenser la monnaie est un élément indispensable à toute réflexion, si elle doit déboucher sur des solutions opérationnelles ».

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Carbon pricing

Par Lisa Jacques & Paul Moltoni, étudiants ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #carbon pricing #carbon tax #emission trading scheme #Paris agreement #CO2 emissions

As a result of today’s challenges related to global warming, the first international agreement on climate and environment has been negotiated in Paris under the United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC). The main goal of this agreement is to keep the increase of the global temperature clearly below 2°C above pre-industrial revolution, and to keep on working on the already existing measures in order to prevent the global temperature to increase more than 1,5°C, as it will reduce risks and impacts related to global warming (UNFCCC, 2015). In order to achieve this target temperature, each country need to plan, act and report from its actions against climate change. Recognized by the Paris Agreement (2015) as an effective (if not mandatory) way of reducing carbon emissions, carbon pricing mechanisms have been either planned or, at least considered, by almost 100 countries in their Nationally Determined Contribution (NDC, which is basically the plan every country has to hand to the UNFCCC), as shown by the World Bank’s annual report “State and Trends of Carbon Pricing”, 2019. An important point to mention is that, besides being instrumental in the creation of international strategies such as the 1997 Kyoto Protocol or the Paris Agreement, the United States have shared their intention to withdraw from the Paris Agreement, and began the formal process of pulling out in late 2019, cutting short their commitment to prevent global warming as part of the United Nations (US Department of State, 2019). The aim of this article is to analyse what are the existing carbon pricing mechanisms, how efficient they actually are and their limits.

The main mechanisms of carbon pricing

To reduce greenhouse gas emissions, two carbon pricing instruments have been established for governments who ratify the Paris Agreement: emissions trading systems (ETS) and carbon taxes. Governments can choose one of the two instruments, or even both of them (State and Trends of Carbon Pricing, 2019)

On the one hand, the ETS also known as a cap-and-trade system, operate according to the « cap and trade » principle: the government sets a cap on total emissions, and companies are required to hold one permits for every ton of emissions they produce; they can receive, buy or trade these permits, the value of which represents the price of carbon.

On the other hand, and according to youmatter.world website in 2020, “carbon taxes set a direct price on carbon as they establish a tax rate on greenhouse gases emissions. Contrary to the cap and trade system, with carbon taxes, the emission reduction outcome is not predefined. Furthermore, there are also other indirect ways to price carbon such as taxing fossil fuels or removing fossil fuel subsidies. Trade policies where tariffs on solar or wind-generated electricity are reduced, or renewable portfolio standards where the electric grid has to be a mix with a minimum share of clean energy, are also alternative ways of pushing carbon emissions out.”

By setting a cap, according to the ICAP, an ETS determines the total amount of emissions and ensures the outcome of mitigation measures. As a result, the price of carbon in each ETS depends on the demand for allowances. The price is likely to be higher in a prosperous economy and lower in a recession. In the case of the carbon tax, the price is predictable, but the outcome of mitigation measures cannot be guaranteed.

The taxes put in place reflect what citizens spend on insurance or ‘taxes’. Greenhouse gas emissions lead to climate change, cause extraordinary weather events such as hurricanes, frequent flooding or even rising sea levels leading to population migration, and increase the likelihood of medical problems such as cancer. Thus, these new taxes put in place reflect the expenses previously incurred by citizens through the taxes they pay or through insurance (health, housing, etc.). Thus, thanks to carbon taxation or ETS, the problem would be managed at source, sustainable energies would become as much, or even potentially more competitive from a financial point of view, and thus facilitate the transition to cleaner or renewable fuels. (Connect4Climate, 19/10/2016)

Discrepancy between carbon tax and ETS, International Carbon Action Partnership, 2019

State of carbon pricing policies

As shown by the World Bank in its annual report on the state of Carbon Pricing from 2019, the map below presents the current implementation of carbon pricing mechanisms (ETS or carbon tax, implemented, scheduled or under consideration for implementation).

Summary map of regional, national and subnational carbon pricing initiatives implemented, scheduled for implementation and under consideration (ETS and carbon tax), World Bank, 2019

This is a total of 57 implemented or scheduled initiatives for implementation, which covers 11 Gigatons of carbon dioxide equivalent, or 20% of the global greenhouse gases emissions.

The European Union decided in 2005 to implement an ETS, known as EU ETS, increased the covered Europe’s emissions from 40% to 52% in 2019 (Carbon Market Watch & World Bank, 2017 and 2019). The range price of one ton of CO2e was from US$1 to US$127, which is the highest price implemented by the Swedish government thanks to their carbon tax policy. The current issue with carbon pricing is that there is no floor price concerning the ETS implemented. This leads more than 50% of the emissions covered to be priced under US$10/tCO2e (State and Trends of Carbon Pricing, 2019). This price is unfortunately way below the floor price that we would need to implement, in order to reach the PA goals as set up by the UNFCCC. Indeed, the minimal price range should be between US$40 and US$80/tCO2e, so at least three times bigger than the current average of carbon pricing. An interesting point to mention is that France is currently meeting this goal with its carbon tax, as the government currently charge US$50 per tons of carbon dioxide equivalent. Carbon pricing policies also generated more than US$44 Billion revenue in 2018, that government reinvested or redistributed to their people. Other interesting fact: “the France carbon tax contributed to more than a third of global carbon tax revenue”, according to the World Bank annual report from 2019 (State and Trends of Carbon Pricing, 2019).

We will now take a closer look at the existing carbon pricing policies and their actual efficiency. British Columbia implemented a carbon tax in 2008, and it is now covering 72% of their CO2 emissions. As explained by the BC Prime Minister in an interview to the World Bank in 2015, the country decides to tax more what they do not want to see anymore (such as carbon emissions), and to tax less what they do want to see more (such as income, investments and wealth). This leads to a redistribution of the carbon tax generated revenues to the population, ending up to almost a quarter of their population not paying income taxes anymore. Of course, this carbon tax implementation is only made possible by redistribution and clear intentions from the government to cut taxes for individuals and small businesses for example, in order to show where the money comes from and where it is going to be used for.

Second interesting example about the carbon tax is Sweden. Thanks to a trusted government, tax reliefs for individuals and transparency, the tax was implemented in 1991 and lead by the end of 2017 to a decrease by 26% of their greenhouse gases emissions (Torbjörn Schiebe, 2019). Although very efficient in the reduction of emissions, it is important to mention that the reduction is mainly due to the production of fossil-free electricity and implementation of district heating networks.

Regarding the EU ETS for example, we can also see that despite low carbon price (around US$25/tCO2e in average), the implementation of the carbon market saved more than 1 billion tons of CO2e between 2008 and 2016, which is about 3.8% of emissions these years (Patrick Bayer and Michaël Aklin, 2020). In comparison, the emission decreased by 4.1% just between 2017 and 2018 within the EU ETS covered installations (Report on the functioning of the European carbon market, 2019).

Limits to the carbon pricing mechanisms

There are obviously limits to carbon pricing mechanisms. Firstly, concerning the carbon tax system and as said before, the implementation of such a policy needs to be done accordingly to a well prepared, transparent and fair plan. As mentioned by Franziska Funke and Linus Mattauch in 2018, countries with efficient carbon tax policies are often linked with high political trust and low corruption level. When people do not know what the revenue generated by the tax is used for, or when it creates discrepancies between urban and countryside people for example because of a non-reinvestment of the revenues, they are obviously less likely to agree to such measures. This could be part of an explanation to why the increased in the French carbon tax led to such a social protest from the “yellow jackets”. Now let’s assume that the carbon tax is implemented and efficiently helps to decrease the CO2 emissions, as it actually is the case in Sweden. When reduction in the emissions becomes even greater, carbon tax generated revenues are going to shrink undeniably, leading to another dilemma concerning how to compensate with this loss in financial revenue in order to keep people’s well-being.

            Secondly, there are limits to the emission trading systems. First issue is that there is usually a surplus of allowances in the ETS, leading to a lower price of carbon and therefore, a less efficient carbon market. There are already a few solutions to that problem: the governments could have more ambition for CO2 emission reduction and as a result, reduce the number of allowances, or the Market Stability Reserve of each ETS should absorb the surplus of allowances to ensure a sufficient number, or governments could consider to implementing a floor price for carbon, to ensure the needed level of carbon price to meet PA’s targets (Wijnand Stoefs, 2020). Another limit to the ETS is carbon leakage, which is basically when companies decide to outsource production to other countries, where carbon laws are less restrictive, although there is still no proof yet that this is happening within the EU ETS (Carbon Market Watch, 2019). Finally, one big issue related to carbon markets is the tax fraud it can generate. Obviously, the best example of this is the missing trader fraud (VAT fraud) which happened between 2008 and 2009, and which, according to the French Court of Audit in 2012, cost about 1,6 B€ to the French government, and more than 5 B€ to the EU-ETS members.

Regarding the current situation due to the global health crisis, we thought it would be interesting to analyze some of the impacts that the pandemic has on the EU carbon market. Since December 2019, the carbon price has been pretty stable, fluctuating more or less about €2 around €24/tCO2e. However, as any other financial market, the EU ETS collapsed during March 2020, leading to a carbon price falling within one week to €15/tCO2e on March 18th (Sam Van den Plas, 2020 and Ember Climate, 2020). The lower carbon price compulsory induces a revenue drop for state members and will help offset the economic loss of particularly polluting sectors such as the steel or chemical industries. The only way to stop the carbon price to drop further is to cancel the surplus of allowance as mentioned before, but the EU ETS Market Stability Reserve is somehow limited and governments are not currently focusing on the environment problem first, having other issues to deal with. The price is now somehow stabilizing around €20/tCO2e; however, we cannot take it for granted. The problem is that focusing on the classical economic point of view by helping industries and polluters first is not going to help us reach the PA’s goals, neither going through this environmental crisis.

As a conclusion to this article, we could say that the goals from the Paris Agreement are only achievable under the current situation of carbon pricing if the government of the most polluting countries decide to take serious measures in the very short run. We would like to mention that, according to Linus Mattauch and other researchers, always linking decarbonization of the society and economic growth is probably a misleading. As per their study’s results, the most CO2 emitting sectors are not the ones that bring the biggest amount of value-added growth. This basically shows that even though governments are taxing more those industries, the economy would not shrink as an inevitable result, as those sectors are not the ones that affect prosperity in a larger scale. Therefore, increasing the installations covered by the ETS worldwide and implementing a floor price to carbon which matches the Paris Agreement requirements (between US 40-80$/tCO2e for 2020) look like viable and feasible measures.

Références

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Carbon Market Watch, “EU carbon market”, [viewed 28/04/2020]. Available from: EU carbon market

“Carbon Pricing And Carbon Credits: Definition, Examples and History”, You Matter, last modified on 2020, March 21th, [viewed 28/04/2020] Available from: Carbon Pricing And Carbon Credits: Definition, Examples And History

Clark C., 2015, “Premier: Tax carbon, cut taxes on income and business for a more competitive environment”, World Bank,[viewed 28/04/2020]. Available from: Premier: Tax carbon, cut taxes on income and business for a more competitive environment

Commission to the european parliament, 2019, “Report on the functioning of the European carbon market”, [viewed 28/04/2020]. Available from: 52019DC0557R(01) – EN – EUR-Lex

Connect4Climate, (19/10/2016). Climate Countdown: Carbon Pricing – #Film4Climate « Price On Carbon Pollution » Award Winner. YouTube. [28/04/2020]. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=NA59sLmtIFE&feature=emb_logo&fbclid=IwAR0wxNF_yRCxxQYiozia4lkTEv2mtcTXr7BjHUy9HtkILcCzfzl0H3IF9hk

Cour des comptes, 2012, “Rapport public annuel 2012 – février 2012”, [viewed 28/04/2020]. Available from: https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=2ahUKEwiJ9bGehozpAhWJsBQKHSqNA4wQFjAAegQIAhAB&url=https%3A%2F%2Fwww.ccomptes.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2FEzPublish%2FFraude_TVA_sur_quotas_carbone.pdf&usg=AOvVaw1BD-WqvcJy5F7S6QWUKQHT

Discrepancy between carbon tax and ETS, from International Carbon Action Partnership, Published on 8 April 2019 : Emissions Trading and Carbon Tax: Two Instruments, One Goal (figure 1) https://icapcarbonaction.com/en/?option=com_attach&task=download&id=638

Ember-Climate, Carbon Price Viewer, [viewed 10/05/2020]. Available from: Carbon Price Viewer

Funke F.  and Mattauch L., 2018, “Why is carbon pricing in some countries more successful than in others?”, Our World in Data, [viewed 28/04/2020]. Available from: Why is carbon pricing in some countries more successful than in others?

Mattauch L., Radebach A., Siegmeier J., and Sulikova S., “Shrink emissions, not the economy!”, Our World in Data, [viewed 28/04/2020]. Available from: Shrink emissions, not the economy!

Nations Unies, 2015, Paris Agreement. Available from: Paris Agreement

Pompeo M.R. , 2019, “On the U.S. Withdrawal from the Paris Agreement”, U.S Department of State, [viewed 28/04/2020]. Available from: On the US Withdrawal from the Paris Agreement

Schiebe T., 2019, “Should every country on earth copy Sweden’s carbon tax?”, Carbon Pricing Leadership Coalition, [viewed 28/04/2020]. Available from: Should every country on earth copy Sweden’s carbon tax? — Carbon Pricing Leadership Coalition

“State and Trends of Carbon Pricing 2019” State and Trends of Carbon Pricing (June), World Bank, Washington, DC. Available from : State and Trends of Carbon Pricing 2019

Stoefs W., 2020, “EU carbon market state aid rules moving in the right direction – but not far enough”, Carbon Market Watch, [viewed 28/04/2020]. Available from: EU carbon market state aid rules moving in the right direction – but not far enough

Summary map of regional, national and subnational carbon pricing initiatives implemented, scheduled for implementation and under consideration (ETS and carbon tax), “State and Trends of Carbon Pricing 2019”, World Bank (figure 2)

The Paris Agreement, 2019, “The Paris Agreement”, UNFCCC, [viewed 28/04/2020]. Available from: Paris Climate Change Agreement

Van Den Plas S., 2020, “When COVID-19 met the EU ETS”, Carbon Market Watch, [viewed 28/04/2020]. Available from: When COVID-19 met the EU ETS

Bilan et avancées dans le domaine des voitures “propres”

Par Jules Barbalonga & Léo Marc, étudiants ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #véhicules #transition énergétique #France #bilan carbone #transport

En 2019, lors de la célébration des 100 ans de l’association mondiale des constructeurs automobiles, le président français a annoncé de nouvelles mesures visant à favoriser le développement des véhicules dits “propres” et à les rendre plus attractifs (Les Echos, 2019). L’objectif est de favoriser l’achat de ces véhicules et de poursuivre la transition énergétique en utilisant en plus grande partie les énergies renouvelables.

Dans ce but, des technologies ont été développées pour remplacer progressivement les voitures thermiques, des taxes sont venues s’ajouter pour dissuader les clients adeptes des voitures les plus polluantes d’en acheter et de nombreuses aides ont été mises en place pour venir valoriser les “bons élèves” qui s’orienteraient vers des solutions plus propres.

Cet article a pour but de vous présenter en détail les différentes technologies de motorisations destinées à supplanter la traditionnelle voiture à énergie fossile, leur état d’avancement dans notre paysage automobile, ainsi que la pertinence au niveau environnemental de chacune de ces solutions en termes de bilan carbone.

L’article portera sur trois types de véhicules réputés verts et analysera leurs modes de fonctionnement, leurs avantages écologiques ainsi que les freins à leurs développements. Ces trois technologies sont aujourd’hui considérées comme les meilleures solutions pour effectuer la transition écologique en termes de transport routier. Dans un premier temps les véhicules 100% électriques seront étudiées, dans un deuxième temps l’étude se portera sur les voitures combinant deux technologies, dits “hybrides”, et pour finir, le développement de la technologie hydrogène sera évoqué.

I La voiture électrique, une technologie bien connue mais qui peine à se développer

Très vite présentée comme le futur de l’automobile, la voiture électrique peine pourtant à se faire une place dans le paysage français.
Commençons par exposer son mode de fonctionnement. Le principe de la voiture électrique repose sur plusieurs composants essentiels, qui sont :

  • Un convertisseur
  • Une batterie
  • Un gestionnaire de puissance
  • Une transmission
  • Un moteur électrique

Dans un premier temps, le convertisseur permet de transformer l’énergie alternative du réseau électrique en courant continu. Cette opération est importante car l’énergie ne peut être stockée dans les batteries que sous forme d’énergie continu.
La batterie, quant à elle, sert d’interface avec la prise de rechargement de la voiture, c’est dans ce composant qu’est stocké toute l’énergie de la voiture. Cette énergie est ensuite dirigée vers le gestionnaire de puissance, qui est un calculateur laissant passer la juste quantité d’énergie nécessaire pour faire avancer la voiture en temps réel.
Ensuite, le moteur convertit l’énergie en puissance mécanique et fait tourner les systèmes de tractions de la voiture par l’intermédiaire de la transmission (Automobile Propre, 2019).

Quels sont les avantages de ce type de véhicules ?

Maintenant que le mode de fonctionnement d’une automobile électrique est expliqué, nous allons voir les avantages qu’elle peut apporter.
Premièrement d’un point de vue économique, on estime qu’un trajet de 100km coûte entre 2€ à 3€ selon la gamme de véhicule électrique contre 6€ à 8€ avec un véhicule essence. Cela coûte donc moins cher au niveau de son utilisation d’utilisation (Ministère de la Transition Énergétique, 2019).

L’avantage le plus intéressant de cette voiture est son impact écologique. En effet, en France, on estime que le secteur des transports représente 29% des émissions de CO2 dont 28% pour le transport routier. Ce chiffre colossal souligne l’urgence de s’orienter vers des nouveaux moyens de transport permettant de réduire ces émissions. (Notre-planète, 2019).

Une nouvelle question se pose, est-ce que l’impact carbone d’une voiture électrique est plus faible que celui d’une voiture thermique ?

Pour y répondre, intéressons-nous au bilan carbone de ces deux types d’automobiles. Le bilan carbone est une estimation du rejet de CO2 effectué durant le cycle vie complet de la voiture. Il ne comprend pas seulement son utilisation, mais inclut également les rejets durant la phase de fabrication jusqu’au recyclage de la voiture et de ses composants. L’ensemble du cycle de vie est donc pris en compte dans cette donnée.

Bilan carbone électrique vs essence (pour une durée de vie de 150 000 Km) :

Bilan carbone électrique
Source: Le Parisien, 2019

L’écart constaté au niveau du bilan carbone est important. La voiture à moteur thermique rejette deux fois plus de CO2 en moyenne qu’un véhicule électrique, et l’écart peut aller jusqu’à six fois plus sur certains modèles. L’avantage écologique est donc bien visible, sachant aussi que l’évolution dans le domaine des batteries tend à baisser le bilan carbone de leur fabrication (Le Parisien, 2019).

Certains freins bloquent encore la croissance du parc français de véhicules électriques

En février 2019 on comptais 36 545 immatriculations pour les véhicules électriques contre 26 604 immatriculations en 2018, cela représente une évolution 37% (Clubic, 2019).

Cependant malgré cette belle évolution, certains freins limitent encore la croissance des véhicules électriques.
Le prix d’une de ces automobiles est plus élevé de 8 000 à 10 000€ en moyenne que celui d’une voiture thermique classique. Cela implique qu’avant d’amortir son prix d’achat, il faut parcourir de nombreux kilomètres.

entre 50 et 60 kilomètres par jour” pour

que l’investissement soit rentable (Clubic, 2019).

Un autre problème majeur est que les stations de recharges sont encore trop peu présentes : il n’y a que 27 745 points de recharges en France. Cela peut paraitre beaucoup, mais le conducteur est dépendant de l’autonomie de sa voiture et son rayon de déplacement est ainsi limité (Ministère de la Transition Énergétique, 2019).

Ces freins ont pour conséquence le ralentissement du développement du marché du véhicule électrique en France et pousse les constructeurs automobiles à développer d’autres solutions. Afin de réduire l’impact écologique des véhicules tout en assurant une autonomie et une indépendance à son conducteur, les constructeurs proposent un compromis : le véhicule hybride.

II Le développement des véhicules hybrides

La première voiture hybride a été conçue en 1899 par le célèbre ingénieur Ferdinand Porsche. Elle utilisait un moteur à essence pour alimenter un moteur électrique qui entraînait les roues avant de la voiture. Mais ce n’est que lorsque Toyota a lancé la Prius en 1997 qu’une alternative viable aux véhicules à essence a été introduite. (Carsdirect, 2012)

Aujourd’hui, les véhicules électriques hybrides sont propulsés par un moteur à combustion et un moteur électrique. L’énergie électrique est stockée dans des batteries, qui sont chargées à la fois par le moteur à combustion et par un système de récupération d’énergie au freinage. Sur la majorité des modèles, le moteur électrique est utilisé lorsque le véhicule roule à faible vitesse et le moteur à combustion lorsque le véhicule roule à plus haute vitesse. L’intérêt au niveau environnemental par rapport aux voitures électriques est que la batterie à une capacité plus faible, donc l’impact carbone du véhicule est lui aussi plus faible notamment dans sa phase de fabrication. (Science&vie, 2018)

Deux types de véhicules hybrides sont communs aujourd’hui. Ils se distinguent par leur type de transmissions : (Carsdirect, 2013)

  • La transmission parallèle permet au moteur thermique et au moteur électrique de faire tourner la transmission. Un ordinateur de bord permet à ces composants de fonctionner ensemble de la manière la plus efficace possible.
  • La transmission en série, où le moteur électrique est le seul moteur connecté à la transmission. Le moteur à combustion est relié à un générateur et est utilisé pour produire de l’énergie électrique. Certains des véhicules hybrides sont rechargeables et permettent une plus grande autonomie à l’aide de leur moteur électrique (de 20 à 60 kilomètres contre quelques kilomètres pour les hybrides non rechargeables). Ces véhicules se branchent de la même manière qu’une voiture 100% électrique pour ce qui est de la recharge de la batterie. Cette technologie est principalement utilisée par les constructeurs allemands pour gagner en puissance sur leurs modèles n’ayant pas pour objectifs d’être plus propres, et n’a donc pas réellement d’intérêt dans la transition énergétique. (Auto-moto, 2020)

Xavier Mosquet, chef du bureau de Detroit du Boston

Consulting Group (BCG) estime qu’il faudrait effectuer “

Au 1er janvier 2019, le parc automobile français était composé de 39 910 000 de véhicules, dont 5,7% de véhicules hybrides. C’est une nette augmentation par rapport à 2016, où seulement 2,9% des 38 852 000 véhicules composant le parc français l’étaient. (Wikipedia, 2019)

Le principal frein au développement des véhicules hybride est leur coût d’achat. Par exemple, un véhicule Peugeot 3008 avec une motorisation thermique coûte 31 356 € TTC, contre 43.800€ TTC pour le même modèle avec une motorisation hybride. (Peugeot, 2020)

Qu’en est-il du bilan carbone ?

Bilan carbone hybride
Source: Science & Vie, 2018

Le bilan carbone de la voiture hybride (Toyota Prius dans notre cas) est à peine meilleur que celui de la voiture thermique. On peut l’expliquer par le fait qu’il est nécessaire de fabriquer deux moteurs, ainsi qu’une batterie à forte capacitée pour ce type de véhicule. Tout cet équipement a aussi un poids, qu’il faut mettre en mouvement une fois la voiture en utilisation.

III Les véhicules hydrogènes

Contrairement aux véhicules entièrement électriques ou hybrides, les véhicules à hydrogène produisent leur électricité à partir d’une pile à combustible.

L’hydrogène utilisée par le moteur de ces véhicules est stockée dans un réservoir sous forme gazeuse et sous pression. Pour fabriquer de l’électricité afin d’alimenter le moteur et la batterie, une anode est alimentée en hydrogène, et une cathode est alimentée par l’oxygène de l’air. Un électrolyte sépare ces deux éléments, et les ions hydrogènes réagissent avec les atomes d’oxygène. La réaction génère un flux d’électrons et crée de la vapeur d’eau. (Auto-journal, 2019)

Les principaux avantages du point de vue des utilisateurs sont que la recharge est rapide et que l’autonomie des véhicules est correcte (plus de 400 kilomètres).

Cependant il existe des freins extrêmement importants qui font que cette technologie ne peut être déployée à grande échelle dans un futur très proche. Les principaux sont que les réseaux routiers ne possèdent encore que très peu de stations de recharges, et qu’il est difficile et coûteux de stocker l’hydrogène sous haute pression. Cela nous amène au deuxième frein, qui est le prix des véhicules ainsi que de leur carburant. Les véhicules en eux-mêmes coûtent en moyenne plus de 60 000€ hors options actuellement. (autoplus, 2020)

Du côté du carburant, le prix d’un kilo d’hydrogène qui permet de parcourir en moyenne 100 km est de 15€ en France (automobile propre, 2017). Le coût d’un plein d’hydrogène est donc environ 2 fois plus cher que le plein d’une voiture thermique à autonomie égale.

Au niveau environnemental, ce type d’automobile ne rejette pas de CO2 lors de son utilisation. C’est lors de la phase de fabrication du véhicule et de production du carburant que l’impact carbone est important. Aujourd’hui, la production d’1 kg d’hydrogène par vaporeformage émet 10kg de CO2. L’hydrogène utilisé pour ces véhicules sera obtenu par électrolyse de l’eau, méthode qui a un bilan carbone plus faible. (Ministère de l’écologie, 2015)

Mais l’hydrogène obtenu par électrolyse de l’eau ne représente que 5% de l’hydrogène produit à ce jour (Ministère de l’écologie, 2015). Avec cette méthode, pour produire 1 kg d’hydrogène, on utilise 50 kWh électrique. Le bilan carbone d’1 Kwh électrique en france est de 0,1kg de CO2, ce qui nous donne donc 5kg de CO2 émis par kilo d’hydrogène produit via électrolyse de l’eau. (Ministère de l’écologie, 2015)

Pour ce qui est de la production du véhicule, le bilan carbone regroupant la fabrication du réservoir, la batterie ainsi que la pile à combustible est de 3 tonnes de CO2. (Department of energy USA, 2014).

Bilan carbone de la voiture hydrogène

Bilan carbone hydrogène
Source: Ministère de l’écologie, 2015

Conclusion

Comme détaillé plus haut dans notre article, nous pouvons considérer que ces solutions ont un rôle à jouer dans la transition énergétique. Elles permettent de réduire les émissions de CO2 mais ne sont pas encore assez bien accompagnées par les différents acteurs, dont l’État, pour être mises en place à grande échelle rapidement. Le manque de bornes de recharge pour les véhicules électriques et hydrogènes ainsi que les prix encore trop élevés rendent ces solutions peu attractives. Le consommateur continue alors de se tourner vers les véhicules classiques car moins onéreux et permettant un degré de liberté plus élevé.

Des solutions commencent à être apportées par ces acteurs face à l’urgence de changer nos modes de déplacements dans le cadre de la transition énergétique. Cependant il est encore difficile d’imaginer un pays ne fonctionnant qu’avec des véhicules électriques et le fait de polluer énormément lors de la production des batteries ne fait que déplacer le problème.

Ci-dessous, un premier graphique présentant le mix technologique du parc français sur les 4 dernières années. Il indique une tendance montante pour les véhicules électrique et hybrides. Un second graphique projette le bilan carbone du parc automobile français dans le cas où il serait composé d’une unique technologie.

Source: Wikipedia, 2019
Calculs de l’auteur
Sources : (Ademe, 2019) (Ministère de l’écologie, 2015) (Science&vie, 2018) (Wikipedia, 2019)

Méthode de calcul du Graphique 2 :

Les calculs ont été effectués sur la base de la taille du parc automobile français actuel, qui est de 39 millions de véhicules. (Wikipedia, 2019). Le bilan carbone propre à chaque type de véhicule à été multiplié par le nombre de véhicule du parc afin de mettre en valeur les rejets de CO2 totaux dans le cas où le parc automobile serait composé de véhicules d’une seule technologie.

En analysant les données des deux graphiques précédents qui présentent une projection du bilan carbone en tonnes de CO2 en fonction de différents scénarios, ainsi que l’évolution du nombre de véhicules selon leur technologie sur les 4 dernières années, nous pouvons conclure que les avancées technologiques permettent effectivement d’effectuer des changements bénéfiques pour l’environnement. Cependant, les tonnes de CO2 émises restent vertigineuses peu importe si le parc automobile français était composé d’une telle technologie ou d’une autre, et il est clair qu’aucune des technologies présentées dans cet article n’est une solution miracle face aux problématiques auxquels nous faisons et allons faire face.

Références

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Automobile Propre, (2019). L’État s’engage pour le véhicule électrique [en ligne]. Automobile- Propre. Disponible ici : https://www.automobile-propre.com/dossiers/le-fonctionnement-dune-voiture-electrique/ (Vu le 24/04/2020)

Automobile propre, (2017). Hydrogène : Air Liquide inaugure une nouvelle station à Orly [en ligne]. Automobile-propre.fr. Disponible ici : https://www.automobile-propre.com/hydrogene-air-liquide-inaugure-nouvelle-station-orly/ (Vu le 27/04/2020)

Auto-moto, (2020). Voitures hybrides et hybrides rechargeables 2020 : modèles, prix, autonomie [en ligne]. Auto-moto.com. Disponible ici : https://www.auto-moto.com/green/voitures-hybrides-rechargeables-modeles-marche-prix- autonomie-audi-bmw-lexus-mercedes-peugeot-porsche-toyota-volvo-76932.html#item=1 (Vu le 23/04/2020)

Autoplus, (2020). Voitures à hydrogène : que peut-on acheter et à quel prix ? [en ligne]. Autoplus.fr. Disponible ici : https://www.autoplus.fr/hyundai/actualite/Hyundai-hydrogene-pile- a-combustible-utilitaire-voiture-verte-1546292.html (Vu le 25/04/2020)

Carsdirect, (2012). Commonly Asked Questions about Hybrid Cars [en ligne]. Carsdirect.com. Disponible ici : https://www.carsdirect.com/green-cars/commonly-asked-questions-about-hybrid-cars (Vu le 24/04/2020)

Carsdirect, (2013). How Do Hybrid Cars Work? [en ligne]. Carsdirect.com. Disponible ici : https://www.carsdirect.com/green-cars/how-do-hybrid-cars-work (Vu le 20/04/2020)

Clubic, (2019). Baromètre : Combien y a-t-il de voitures électriques en circulation en France ? [en ligne]. clubic.com. Disponible ici : https://www.clubic.com/transport-electrique/actualite-872366-barometre-combien-voitures- electriques-circulation-france.html (Vu le 24/04/2020)

Department of energy USA, (2014). DOE Hydrogen and Fuel Cells Program Record [en ligne]. Hydrogen.energy.gov. Disponible ici : https://www.hydrogen.energy.gov/pdfs/14006_cradle_to_grave_analysis.pdf (Vu le 27/04/2020)

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Ministère de la Transition Énergétique, (2019). Le fonctionnement de la voiture électrique [en ligne]. Écologique-solidaire.gouv. Disponible ici : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/letat-sengage-vehicule-electrique (Vu le 24/04/2020)

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Notre Planète, (2019). Voiture électrique contre voiture essence ou Diesel, quelle est la plus polluante ? [en ligne]. Notre-planete.info. Disponible ici : https://www.notre-planete.info/actualites/1802-comparatif-voiture-electrique-essence-diesel- pollution (Vu le 24/04/2020)

Peugeot, (2020). 3008 HYBRID & HYBRID4 | VOTRE SUV HYBRIDE RECHARGEABLE [en ligne]. Peugeot.fr. Disponible ici : https://www.peugeot.fr/gamme/nos-vehicules/suv-3008/hybrid.html (Vu le 21/04/2020)

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Réchauffement climatique: est-il trop tard pour agir?

Par Aurélie Lucina, étudiante ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés:

Que sait-on vraiment du réchauffement climatique ? Comment cela a-t-il commencé ? Etions-nous au courant ? Pourquoi n’avons-nous pas agi ? Aujourd’hui, peut-on encore inverser la tendance ? Des questions d’actualité à l’air d’un dérèglement climatique plus présent que jamais.

Qu’est-ce que le réchauffement climatique ?

« Le réchauffement climatique est le constat d’une augmentation de la température terrestre moyenne sur de longues périodes » d’après l’agence parisienne du climat. On parle également de « dérèglements climatiques » car les changements dans les phénomènes climatiques sont importants : davantage de canicules, de précipitations, une augmentation de la fréquence et de la puissance des tempêtes et des ouragans, etc. Ici, les variations de température pour l’ensemble du globe sont étudiées sur des temps très longs. On parle d’étude du climat à grande échelle.

Une cause humaine ou naturelle ?

Comme le souligne Compte CO2 « le climat sur terre n’a jamais cessé d’évoluer ». En effet, il existe trois cycles climatiques principaux qui sont liés à la mécanique de notre planète. Chacun d’entre eux influe sur la captation du rayonnement solaire par la Terre. Le premier est la variation de l’excentricité de l’orbite de la Terre. Ce cycle dure environ 400 000 ans. Le deuxième est l’obliquité de notre planète ; il dure 40 000 ans. Le dernier cycle qui est le plus court puisqu’il ne dure « que » 25 000 ans, s’appelle la précession terrestre. Il décrit le changement graduel d’orientation de l’axe de rotation de la Terre. Bien qu’ayant un impact climatique, ces trois paramètres ne sont nullement liés au changement climatique tel que nous le connaissons aujourd’hui, ce dernier étant bien trop rapide. La cause est donc humaine et en lien avec l’émission de gaz à effet de serre.

Reconstruction de l’évolution des températures depuis l’an 0 © Ed Hawkins / Climate Lab Book – Licence : CC BY-SA

Depuis quand sommes-nous au courant ?

Depuis novembre 1988, l’état des connaissances sur l’évolution du climat, ses causes et ses impacts sont évalués par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Comme le souligne le souligne le Ministère de la Transition écologique et solidaire, le GIEC identifie également « les possibilités de limiter l’ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s’adapter aux changements attendus ». Régulièrement le GIEC fournit des rapports établissant un état des lieux des connaissances les plus avancées. Ces documents scientifiques sont au centre des négociations internationales actuelles sur le climat.
1988, c’est également l’année de la première évocation du réchauffement climatique et du phénomène de l’effet de serre en public et surtout en pointant du doigt la responsabilité de l’activité humaine. Cette année-là, le scientifique américain James E. Hansen, climatologue de la NASA, « alerte les autorités sur le fait que l’atmosphère terrestre est en train de se réchauffer, c’est le fameux effet de serre » nous rapporte l’écrivain Franck Ferrand sur Europe1. Ça y est, en ce 23 juin 1988 l’information est dite et notre part de responsabilité avouée. Toutefois la prise de conscience est encore bien loin alors que les conséquences de ce dérèglement climatique sont déjà là.

Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique?

Le GIEC nous met en garde : « nos choix d’aujourd’hui sont décisifs pour l’avenir des océans et de la cryosphère1 ». Il a été prouvé de façon irréfutable que ce dérèglement climatique a de graves conséquences sur les écosystèmes et les populations. On observe un réchauffement des océans ce qui les rend plus acides et moins féconds. En réponse à ces changements les écosystèmes océaniques mutent et des espèces disparaissent. Les fontes de la calotte glacière et des glaciers entraînent une élévation du niveau de la mer ainsi que l’intensification des phénomènes côtiers. Par ailleurs, un recul de la banquise de l’Arctique et la fonte du pergélisol2 sont constatés et cela avec une importance telle que les peuples autochtones ont déjà dû s’adapter. Les répercussions se font également sentir en haute montagne sur les communautés en aval. D’autre part, on remarque des records de chaleur soutient la NASA mais aussi, à l’inverse, des épisodes de froid polaire en Europe. Par ailleurs, il pourrait y avoir un impact sanitaire selon la Banque mondiale en accroissant l’incidence des maladies. L’Organisme Mondial de la Santé (OMS) soutient même que « deux milliards de personnes de plus pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue d’ici les année 2080 ». Le réchauffement climatique est bien présent et ses conséquences aussi.
Et si nous décidions d’agir ?

Que pouvons-nous faire afin d’inverser la tendance ou, à défaut, d’en limiter les dégâts ?

D’après CITEPA des actions clés pour le secteur de l’agriculture, l’utilisation des terres et foresterie doivent être prises d’ici 2050. Parmi elles on retrouve la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts, des actions dans les systèmes de culture, d’élevage et agroforesterie, une modification du régime alimentaire, de l’afforestation3, du reboisement couplé à la restauration des forêts dégradées, l’utilisation de bioénergie ainsi que la réduction du gaspillage alimentaire qui représente à lui seul 8 à 10% des émissions totales de gaz à effet de serre et 30% de la quantité de toute la nourriture produite. L’utilisation de tourbières4 à la place de la biomasse est également préconisée car contrairement au deuxième dispositif le premier est capable d’absorber le CO2 pendant des siècles.
Ces différentes actions limiteraient le réchauffement climatique sous la barre des +2°C.

Que faisons-nous aujourd’hui ?

Parmi les principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, on trouve l’énergie (35%), l’agriculture (14%), les transports (14%) et le bâtiment (6%). Dans chacun d’entre eux, l’agence parisienne du climat rapporte que « la révolution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est déjà en marche » au travers du développement des transports en commun, du covoiturage, des véhicules électriques, de la construction de bâtiment basse consommation et autres actions.

A l’échelle international, les discussions entre états progressent, plus particulièrement lors des COP (Conferences of the Parties) dont l’ONU est à l’origine à travers la Convention- Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Ces conférences sont l’occasion pour les représentants des pays membres (presque tous les pays du monde) d’échanger sur les enjeux climatiques et de réfléchir ensemble aux actions à mener pour inverser la tendance. Par exemple, en 1997 à l’occasion de la 3e COP le protocole de Kyoto a été signé nous rapporte Connaissance des Energies : « 37 pays développés se sont engagés à réduire leurs émissions de 5% en moyenne sur la période 2008 / 2012 par rapport aux niveaux de 1990 ». Plus récemment, la COP21, qui s’est tenue en 2015 a permis de donner naissance à l’accord de Paris où 195 Etats se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de « maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 2°C et s’efforcer de la limiter à 1,5°C par rapport au niveau pré-industriels ». Parmi les signataires de cet accord, nous retrouvons les plus gros émetteurs de CO2 : les Etats-Unis, le Canada, la Chine et l’Australie.

Et en France ?

En France, la lutte contre le réchauffement climatique s’articule autour d’objectifs comme celui de la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050 (2005) ou encore de loi comme les Lois Grenelle (2010 et 2011) visant à mettre en place un plan national d’adaptation au changement climatique ou encore la loi sur la transition énergétique (2014) pour la croissance verte rapporte l’Académie de Paris. Toutefois, la jeune Greta Thunberg a déposé une plainte auprès du comité des droits de l’enfant de l’ONU contre cinq pays (dont la France) pour « inaction climatique ». Pourquoi ?

L’Observatoire Climat-Energie qui compare les avancées concrètes de la France en matière de lutte contre le réchauffement climatique dénonce le non-respect par la France de ses propres objectifs. Certes, en 2018 les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 4,2% par rapport à 2017 mais elles restent supérieures de 4,5% au budget carbone qui avait été prévu cette année-là. Anne Bringault, la responsable Transition énergétique au sein du Réseau Action Climat ajoute que « La France dégage moins d’émissions de gaz à effet de serre par habitant que d’autres pays européens mais elle a tendance à se reposer sur ses acquis. Elle a une grande présence diplomatique sur le sujet mais les actes ne suivent pas forcément derrière ». Le constat est le même pour le Climate Change Performance Index (CCPI), un outil géré par un réseau d’Organisme Non Gouvernemental (ONG) de lutte contre le changement climatique selon 20minutes. Ceci explique la chute de France à la 21ème place dans le classement des pays luttant contre le réchauffement climatique. Cependant, Anne Bringault déclare qu’il est exagéré d’accuser la France d’inaction climatique car, d’une part, les progrès sont là et d’autre part « aucun pays développé n’est sur une trajectoire permettant de limiter le réchauffement à 1,5 degré ou bien en dessous de 2 degrés ». Il faut donc garder le cap et donner au budget carbone autant d’importance qu’aux autres budgets !

Et si nous pouvions faire plus ?

La pandémie mondiale de Covid-19 a engendré un ralentissement économique mondiale qui a lui-même eu un impact sur l’environnement. « La pollution et l’effet de serre ont été réduits de manière drastique dans plusieurs régions du monde. » nous rapporte Futura Sciences. Cependant ce sont des résultats indirects du virus. En effet, les causes réelles sont la restriction de l’activité économique, du trafic aérien, maritime et terrestre, ainsi que la fermeture d’industries et le confinement de la population. Végétation et animaux s’épanouissent dans nos villes. Ainsi, par la force des choses, le plus grand pays pollueur du monde : la Chine, observe une diminution du dioxyde d’azote de 30 à 50% dans plusieurs villes de taille importante. Paradoxalement, le virus aurait même épargné plus de vie qu’il n’en a prise puisque que chaque année 1,1 million de personnes en moyenne meurent à cause de la pollution contre 4 664 du Covid-19.

Cartes issues d’observations de satellites montrant la concentration de dioxyde d’azote du 14 au 25 mars, comparée à la moyenne mensuelle des concentrations en 2019.
© ESA France

En conclusion, le réchauffement climatique est une réalité dont l’activité humaine en est la cause. Bien qu’au courant depuis le siècle dernier et ayant été mis en garde par le GIEC nous avons attendu plusieurs décennies pour commencer à agir. Aujourd’hui, les conséquences sont là et iront en s’aggravant si jamais rien n’est fait pour tenir les objectifs fixés. Est-il trop tard ? Peut-être pas. La crise du coronavirus nous aura montré que nous sommes capables de mieux, de vivre autrement. Néanmoins, une fois la pandémie passée, est-ce que nous nous en souviendrons ? Est-ce que le dérèglement climatique sera d’avantage au cœur des débats ? Est-ce que nous agirons ? Continuerons-nous à vouloir mieux nous alimenter ? Peut-être poursuivre la priorisation de nos déplacements ? Ou alors, reprendrons-nous simplement nos vies ? Seul l’avenir nous le dira. Toutefois, le futur de notre planète dépend de nos gouvernements, de nos entreprises, d’elle, de lui et de vous. Alors après tout cela, que ferez-vous ?

  1. Nom donné aux régions gelées de la Terre
  2. Sol minéral brut des régions arctiques à l’horizon gelé en permanence à une certaine profondeur et formé de débris de roches dures plus ou moins broyées par l’érosion glaciaire, en mélange avec de la glace.
  3. Plantation d’arbres sur un terrain nu
  4. Endroit où l’on stocke la tourbe (sol hydromorphe à nappe phréatique permanente, à accumulation de matière organique incomplètement décomposée) extraite

Références

20 Minutes, A. Orsini, 25/09/2019, La France est-elle bien l’un des pays en tête de la lutte contre le réchauffement climatique, comme l’affirme Jean-Michel Blanquer ?, https://www.20minutes.fr/societe/2612179-20190925-france-bien-pays-tete-lutte-contre- rechauffement-climatique-comme-affirme-jean-michel-blanquer

Agence Parisienne du Climat, 2019, Le changement climatique, https://www.apc- paris.com/changement-climatique

CITEPA, C. Robert, 08/09/2019, Le GIEC publie le résumé pour décideurs de son nouveau rapport spécial « Climat et Terres », https://www.citepa.org/fr/2019_09_a8/

Climate NASA, S. Cole, NASA releases detailed global climate change projections, 08.06/2015, https://climate.nasa.gov/news/2293/nasa-releases-detailed-global-climate- change-projections/

CNEWS, E. Jardin, 13 Conséquences concrètes du réchauffement climatique, 26/01/2020, https://www.cnews.fr/monde/2020-01-26/13-consequences-concretes-du-rechauffement- climatique-715454

Compte CO2, 2019, Histoire du changement climatique, https://www.compteco2.com/article/histoire-changement-climatique/

Compte CO2, 2019, Temperature of Planet Earth, https://www.compteco2.com/article/histoire-changement-climatique/

Connaissances des Energies, CCNUCC, 27/11/2019, Climat : qu’est-ce qu’une COP ?, https://www.connaissancedesenergies.org/climat-quest-ce-quune-cop-141022

France TV Info, Franceinfo Radio France, 27/03/2020, Coronavirus : le confinement fait baisser la pollution en Europe, selon l’Agence spatiale européenne, https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-le-confinement-fait- baisser-la-pollution-en-europe-selon-l-agence-spatiale-europeenne_3887517.html

Futura Sciences, La Rédaction Futura, 2020, Quel est l’impact du coronavirus sur la planète ?, https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/sciences-impact- coronavirus-planete-13521/

Ministère de la transition écologique et solidaire, 2020, Comprendre le GIEC, https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/comprendre-giec

Modern Diplomacy, M.Noponen, 28/03/2020, Covid-19 crisis and Earth Hour: An opportunity to reflect on the deteriorating health of the planet, https://moderndiplomacy.eu/2020/03/28/covid-19-crisis-and-earth-hour-an-opportunity-to- reflect-on-the-deteriorating-health-of-the-planet/

World Ressources Institure, K.L & E.N, 25/09/2019, 4 Things to Know About the IPCC Special Report on the Ocean and Cryosphere, https://www.wri.org/blog/2019/09/4-things- know-about-ipcc-special-report-ocean-and-cryosphere

Réfugiés écologiques et réchauffement climatique sont-ils liés ?

Par Mathilde Ricklin & Charlotte Wolf, étudiantes ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #réfugiés écologiques #migrations climatiques #changements climatiques #élévation du niveau de la mer

Qu’estce qu’un réfugié climatique ?

En 1985, Essam El-Hinnawi introduit pour la première fois la notion de “réfugiés environnementaux” lors d’un rapport du PNUEi(El-Hinnawi 1985). Récemment évoqué dans la littérature, on observe différentes qualifications de ces personnes, qui sont contraintes à se déplacer suite aux conséquences des changements climatiques : migrants de l’environnement, migrants climatiques, réfugiés de l’environnement, réfugiés écologiques, éco-migrants, etc…

L’Organisation Internationale pour les Migrationsii définit un migrant climatique, comme étant “une personne ou un groupe de personnes qui, principalement pour des raisons de changement soudain ou progressif de l’environnement en raison du changement climatique, sont obligées de quitter leur lieu de résidence habituel, ou choisissent de le faire, temporairement ou définitivement, à l’intérieur d’un État ou au-delà d’une frontière internationale” (OIM 2020)

Combien sont-ils ?

La quantification du nombre de réfugiés de l’environnement est très compliquée à établir. D’un part, il est difficile de connaitre exactement les raisons de la migration. D’autre part, il est d’autant plus complexe de compter les personnes contraintes de migrer suite à des changements climatiques progressifs, comme la sécheresse, et celles ayant dû quitter leur habitation en raison de conséquences indirectes aux changements climatiques, comme les crises sanitaires liées à l’eau en raison de l’augmentation des températures.

Dans diverses publications sur les réfugiés écologiques, les chiffres sont controversés. On juge qu’il n’y a pas d’estimation fiable du nombre de personnes quittant leur foyer en raison de facteurs environnementaux, que ce soit aujourd’hui où bien dans l’avenir. En 1995, 25 millions de personnes auraient été contraintes de se déplacer à la suite de changements climatiques (OIM 2008). L’Organisme Internationale pour les Migrations indique qu’il y aurait entre 21 et 24 millions de personnes déplacés par an pour cause de catastrophes naturelles. On estime jusqu’à 1 milliard, le nombre de réfugiés climatiques d’ici 2050. De plus, la Banque Mondiale estime qu’il y aurait 143 millions de migrants de l’environnement supplémentaires à l’intérieur d’un même pays, si d’ici 2050 les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat ne sont pas respectés (Le Monde 2018).

Quelles sont les causes des migrations climatiques ?

Les raisons des mouvements migratoires sont diverses et variés : trouver un travail, améliorer ses conditions de vie, fuir une situation de guerre et de violence ; ou encore une situation économique instable, échapper à une pression environnementale, destruction de l’habitation à la suite d’une catastrophe naturelle, etc… C’est sur ces derniers points que nous allons nous concentrer. En effet, il existe de nombreux phénomènes climatiques entraînant une dégradation de l’environnement pour lequel les habitants sont contraints de migrer tels que : la sécheresse, les cyclones tropicaux, les tempêtes, les inondations et l’augmentation du niveau de la mer.

La sécheresse :

Dans les zones arides, elle entraînent des terres difficilement cultivables ; qui poussent les habitants à se déplacer pour continuer à planter et cultiver afin de se nourrir. Entre 2000 et 2010, on estime que le nombre de personnes touchées par des catastrophes climatiques, comme des températures extrêmes, des sécheresses ou incendies de forêts ; est de l’ordre de 81,8 millions par an. Entre 2010 et 2019, cela représente 68,4 millions de personnes par an (EM-DAT 2020). Même si nous pouvons constater une diminution de ces chiffres, le GIECiii prévoit qu’entre 74 et 250 millions de personnes, seront touchées en 2020, par des pénuries d’eau en Afrique et en Asie.

Les cyclones tropicaux et tempêtes :

Il y a un fort risque d’augmentation des catastrophes naturelles à l’avenir, sans vraiment pouvoir déterminer les endroits exacts et quantifier cette augmentation d’après les scientifiques. En revanche, l’intensification des tempêtes et des cyclones est nettement observée. En effet, ils ont des effets dévastateurs de plus en plus violents. A cause du réchauffement climatique, les cyclones provenant des océans, trouvent de plus en plus de puissance, du fait de l’élévation de la température des eaux. En effet, nous avons constaté une augmentation de la température des eaux tropicales a de 1,2°C entre 1970 et 2004 (contre 0,5°C en moyenne pour les océans), (Notre planète info 2020). Entre 2000 et 2010, on évalue à 23,5 millions, le nombre de personnes, qui auraient été touchées par un cyclone tropical chaque année et à 36,4 millions par une tempête. Et entre 2010 et 2019, on estime à 19,4 millions, le nombre de personnes, qui auraient été touchées par un cyclone tropical par an et 32,1 millions par une tempête (EM-DAT 2020). Ces chiffres nous laissent imaginer le nombre de personnes contraintes, de se déplacer. De plus, lorsque qu’une zone est soumise à des catastrophes naturelles répétées, on remarque un fort taux d’émigration. Plusieurs études montrent ainsi, qu’une fréquence élevée d’inondations, de tempêtes ou d’ouragans incite les habitants à quitter leur ville ou leur pays.

Les inondations :

L’augmentation des températures est une conséquence directe du réchauffement climatique et cela influe sur le nombre d’inondations ainsi que sur leur intensité. En effet, plus les eaux de mers sont chaudes, plus il y a de vapeur d’eau stockée dans l’atmosphère ce qui induira une augmentation des précipitations. Comme les températures augmentent, les pluies gagnent en intensité et donc les dégâts sont de plus en plus considérables et conduisent à un mouvement des populations touchées.

Entre 2000 et 2010, chaque année, 103,6 millions de personnes auraient été touchées par les inondations, et 68,9 millions entre 2010 et 2019 (EM-DAT 2020). Les inondations survenant brutalement engendrent de gros dégâts et sont donc susceptibles de provoquer un déplacement et une fuite des individus. Au cours de la dernière décennie, plusieurs inondations et cyclones tropicaux ont dévasté l’un des pays les plus pauvres du monde, le Mozambique, situé dans le Sud-Est de l’Afrique, notamment dans les zones basses et les deltas.

Moyenne du nombre de personnes touchées par une catastrophes naturelles par an (en millions) (EM-DAT 2020)

L’élévation du niveau de la mer :

L’élévation du niveau des mers est un facteur environnemental, et une conséquence du réchauffement climatique qui se révèle très menaçant en termes de migration forcées à long terme. Ainsi, en l’absence de digues, on ne peut éviter les migrations progressives et planifiées. Après une élévation stable durant plusieurs millénaires, depuis le XXe siècle nous pouvons constater que l’élévation du niveau de la mer s’est accélérée. Ce phénomène est une conséquence du réchauffement climatique la plus inquiétante et la plus médiatisée, qui aura pour conséquence la disparition éventuelle de certain États insulaires.

En 2007, Mac Granhan, définit les zones côtières basses, comme étant situées à une altitude de moins de 10 mètres. Même si ces zones ne représentent que 2,2% des terres émergées de la planète, elles sont habitées par 10,5% de la population mondiale, ce qui représente environ 602 millions d’individus, soit approximativement 9 fois l’ensemble de la population française.

En 2010, on constate que 4,96% de la population mondiale totale vit sur des terres dont l’altitude est inférieure de 5 mètres au niveau de la mer. Les Etats ayant plus de 30% de leurs habitants, vivant sur ses terres sont : les Pays-Bas avec 58,5% de leur population mais aussi le Suriname, les Îles Turques-et-Caïques, les Maldives, le Tuvalu, le Groenland, la région administrative spéciale de Macao en Chine, le Viet Nam, les Îles Marshall et le Bahreïn (La Banque Mondiale 2010)

Population vivant sur des terres dont l’altitude est inférieure à 5 mètres en 2010 (en % de la population totale) (La Banque Mondiale 2010)

Au cours du XXe siècle, nous mesurons une élévation du niveau de la mer d’environ 20 cm. Peut-on alors corréler l’accélération de la montée des eaux avec les changements climatiques ? Des chercheurs ont quantifié l’influence de l’augmentation du niveau de la mer selon plusieurs paramètres, directement liés au réchauffement climatique ; comme, le réchauffement des températures des mers, ainsi que la fonte des glaces terrestres, qui se déverse dans les océans (Météo France 2020).

En 2013, le GIEC fournit une nouvelle évaluation concernant l’élévation du niveau de la mer. Cette fois, une augmentation de 26 à 82 cm serait à prévoir d’ici la fin du siècle. Cependant, cet intervalle n’est pas figé et se pourrait être encore supérieure, notamment par la fonte des glaces au Groenland et en Antarctique, qui serait aujourd’hui encore sous-estimée. Les chercheurs travaillent toujours à une meilleure modélisation de ces fontes dans le but de pouvoir fournir des mesures précises sur ce phénomène.

Projection du niveau de la mer moyen global en fonction des années (Météo France 2020).

Zoom sur les Pays-Bas

Comme leur nom l’indique, les Pays-Bas sont en première ligne face à la montée des eaux. Aujourd’hui 26% des terres aux Pays-Bas se trouve sous le niveau de la mer et 47% de sa population vit dans des zones déjà conquises par la mer (GEO 2019).

Selon une étude publiée fin 2017, par des chercheurs de l’Université d’Utrecht, d’ici 2100, le niveau de la mer du Nord pourrait s’accroître d’approximativement 1m50. Depuis 1910, et à cause du changement climatique, on constate une augmentation de 25% des fréquences des précipitations dans le pays (France TV Info 2015).

Les Pays-Bas si le niveau de la mer augmente d’un mètre (France TV Info 2015).

Néanmoins, les autorités réfléchissent déjà à comment protéger leur pays et leur population. En 2014, le gouvernement des Pays-Bas a annoncé un plan de subvention de 20 milliards d’euros sur trente ans. Il contribuera, entre-autre, au renforcement des 200 digues du pays, afin qu’elles ne cèdent pas en pleine tempête, comme cela a déjà été le cas en 1953 ; où on dénombre 1 800 disparu, suite à la brusque montée des eaux. Le pays cherche à s’adapter et mettent en place des solutions, comme par exemple, la construction de ponts ou encore l’aménagement d’îles artificielles avec un nouveau concept de maisons flottantes qui séduit les zones côtières mais aussi les villes comme Amsterdam (GEO 2019).

Quelles sont les mobilisations pour les réfugiés climatiques?

En 2008, l’Organisation International des Migrations, a rendu public un rapport à ce sujet. Les “Migrations et changement climatique”, expriment le phénomène de mouvement migratoire qui sont liés à des éléments environnementaux (OIM, 2008). De plus, la Conférence de Paris de 2015, ayant donné lieu à l’Accord de Paris sur le climat, ne mentionne pas les réfugiés climatiques, qui sont pourtant aujourd’hui une conséquence directe du réchauffement climatique. Lors des réunions internationales sur le climat, la problématique des réfugiés écologiques est très peu abordée, bien que celle-ci soit une conséquence directe du réchauffement climatique.

Conclusion

Comme nous avons pu le constater, les conséquences du réchauffement climatique, sont nombreuses et variées, et les migrations climatiques, sont l’une d’entre elles. Cette catégorie de migration ne sont pas récentes, elles ont toujours existé. Néanmoins depuis plusieurs années, leurs rythmes s’accélèrent ce qui rend cette problématique de plus en plus présente et inquiétante. Avec l’augmentation des températures, les catastrophes naturelles sont plus nombreuses et plus intenses, ce qui engendre de plus en plus de mouvements de population. Cependant, le lien de causalité entre le changement climatique et le déplacement des personnes n’est pas facile à déterminer. De ce fait, leur statut est encore compliqué et mal défini, ce qui rend pour l’instant, l’accès aux aides et indemnités difficile.

Une étude de la Banque Mondiale, indique que le nombre de migrants climatiques internes, pourrait être réduit de 80 % (soit 100 millions de personnes), si la communauté internationale intensifie ses efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre et que les pays se dotent de plans de développement solide (Le Monde 2018). De plus, pour limiter le nombre de migrations climatiques, il faudrait identifier les zones les plus menacées et encourager leurs habitants à se déplacer, dès à présent. Or, nous doutons fort que cela soit réalisable, car aujourd’hui les réfugiés climatiques, ne sont pas le centre d’intérêt, lors des débats sur le climat.

i PNUE : Programme des Nations unies pour l’environnement
ii OIM : Organisation Internationale pour les Migrations
iii GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Références

El-Hinnawi, E., (1985). Environmental Refugees. United Nations Environment Programme

EM-DAT., (2020). Base de données internationale sur les catastrophes EM-DAT. [En ligne]. EM-DAT. [Vue le 15 mars 2020]. Disponible depuis : http://www.emdat.be/classification

France TV Info., (2015). Neuf régions du monde menacées en cas de montée du niveau de la mer. [En ligne]. France TV Info. [Vue le 15 mars 2020]. Disponible depuis : https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/cop21/cartes-neuf-regions-du-monde-menacees-en-cas- de-montee-du-niveau-de-la-mer_1078159.html

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Est-il possible d’améliorer l’impact de l’Homme sur le climat?

Par Théo Ritzenthaler, étudiant ESTA Belfort, 05/2020

Mots-clés: #Climat #Homme #Impact #CO2 #Population, Emissions, #Consommation

L’Homme, espèce présente en plusieurs milliards d’individus sur la planète Terre, a évolué pour devenir l’espèce que l’on connaît aujourd’hui. Malheureusement, ces dernières années, nous avons observé un changement climatique important. Chacun est en droit de se demander si l’Homme est en lien avec cette augmentation. Cette question, légitime, vient repositionner l’Homme sur la planète Terre. La question qui se pose majoritairement est : sommes-nous trop nombreux ? De nombreuses personnes pensent que la nature a besoin d’une pause, que nous l’avons trop exploité. La crise du Coronavirus vient bien rappeler ce phénomène puisqu’en 2 semaines d’inactivité, nous avons observé des changements visibles à l’œil nu. En ce sens, notre nombre aurait moins d’impact que nos activités. Le hashtag #Wearetheproblem a par ailleurs émergé sur les réseaux montrant une prise de conscience croissante du problème que représente le réchauffement climatique. Néanmoins, le problème persiste : nous ne pourrons vivre cloîtrés, sans activité. Devons-nous revoir nos habitudes afin d’améliorer la situation climatique ?

L’impact de l’Homme

Il serait utopique de considérer que l’Homme n’a aucun impact sur le climat. Néanmoins, pour convaincre même les plus climatosceptiques des lecteurs, il faudra montrer que l’Homme est responsable du réchauffement climatique. Pour cela, il suffit de comparer l’augmentation de la population avec l’augmentation de l’anomalie thermique. De cette façon, on observe le graphique ci- dessous.

Calculs de l’auteur
Sources: FigShare (2019) et Our World In Data (2019)

On peut observer une coïncidence entre le moment où le climat s’est réchauffé, et le moment où la population mondiale s’est mise à croître. L’Humanité a déjà connu quelques réchauffements climatiques, certain visibles sur le graphique à petite échelle. Seulement, l’augmentation de température connue ces dernières années est 2 fois plus élevé que tous les réchauffements depuis l’an 0. Le commencement de cette augmentation exponentielle peut être daté des années 1800, avec la 1ère révolution industrielle. Etonnement, c’est également à ce moment-là que le nombre d’Hommes a augmenté, et que notre espèce s’est mise à utiliser des ressources d’énergie fossile. On peut donc légitimement penser que ce réchauffement climatique est attribué à l’espèce humaine, et non à une coïncidence. L’augmentation de la production aurait induit de nouveaux besoins et habitudes chez chaque individu, facilitant également l’apparition de nouvelles technologies. En ce sens, c’est le nombre d’humain qui semble être responsable de l’augmentation drastique de l’anomalie de température.

Le graphique précédent traduit également l’urgence climatique. En effet, on comprend aisément que la projection d’augmentation de la température soit d’environ 4°C pour 2100. Une telle augmentation implique des conséquences désastreuses sur le climat ainsi que sur la vie telle que nous la connaissons actuellement. Il est donc crucial de comprendre comment réduire au maximum notre impact sur le climat.

Lien entre émissions de CO2 et augmentation de température

Le réchauffement climatique est une réalité. Mais d’où vient-il ? Nous avons précédemment prouvé que l’Homme en est le responsable, sans préciser ce qui impact le plus notre environnement. Durant près de 2 siècles (Si la Terre avait existé pendant 24h, cela représenterait 3.8 millisecondes (Krivine H., 2011)), nous avons émis des substances dans l’atmosphère ayant impacté le climat pour une durée encore indéfinie. Ces substances, appelées Gaz à Effet de Serre (GES), ont chacune des impacts et des durées d’élimination différentes dans l’atmosphère. Dans le graphique suivant, la corrélation entre l’augmentation de la température et les émissions de CO2 a été montrée. Le CO2 étant responsable de 65% de l’effet de Serre, nous allons par mesure de simplicité regarder comment l’anomalie de température évolue avec uniquement ce gaz.

Calculs de l’auteur
Sources : Banque Mondiale (2019) et Figshare (2019)

On observe une corrélation entre l’augmentation de l’anomalie de température et l’augmentation des émissions de CO2. Bien que les droites ne soient pas parfaitement parallèles, elles augmentent de façon fortement similaire. On se rend donc compte d’une part que nos activités ont un impact sur le climat, mais également que les millions de tonnes de CO2 que l’on rejette dans l’atmosphère ont des conséquences sur l’environnement dans lequel nous vivons.

Ces émissions peuvent être attribuées à plusieurs sources : transports, agriculture, production industrielle, … Afin d’observer l’impact du nombre d’Hommes, nous allons voir comment une réduction subite de 50% de ce nombre d’individus influerait sur les émissions de CO2, directement liées au réchauffement climatique. Il est possible que cette diminution de population ne génère pas une diminution des émissions de ces sources de 50% : les ressources existantes aujourd’hui le seront encore demain. Il est donc possible que la consommation de chaque individu augmente dans ce cas de figure. Cependant, n’ayant aucun moyen de le prouver, nous allons ici considérer que les émissions par personne resteront inchangées.

Effet d’une diminution de 50% de la population

Au vu des conditions de l’étude énumérée ci-dessus, il est probable que l’Homme continue de se développer comme il le fait depuis des années. Cela implique évidemment qu’il ne change pas ses habitudes ni son mode de vie. Ainsi, la croissance du nombre d’individus Humains va être considérée comme linéaire, basée sur l’évolution que nous connaissons depuis 1950. En suivant ces différents paramètres, la prévision observable dans le graphique ci-dessous peut être faite.

Calculs de l’auteur
Sources : Our World in Data (2020)

On peut voir sur cette prévision que si la population se réduisait subitement de 50%, il faudrait 45 ans pour retrouver un nombre d’individu similaire à celui que l’on avait avant. Dans ce scénario, l’humanité dépasserait les 10 milliards d’individus à l’approche de 2100. Sans cette réduction, ce nombre serait atteint vers 2050 environ, et l’humanité compterais 14 milliards d’individus en 2100. On comprend qu’une réduction soudaine de la population n’impliquerait, du point de vue de la population, qu’un « décalage » de 45 ans. A titre de comparaison, l’espérance de vie moyenne dans le monde est de 72 ans (Banque Mondiale, 2019).  A l’échelle de l’Homme, il faudrait moins d’une vie humaine pour retrouver le niveau d’avant évènement.

Impact sur les émissions de CO2

Le CO2 étant le GES impactant le plus le climat (Jancovici J-M., 2007), il faut donc tenter de prévoir ces émissions pour savoir si une diminution de 50% de la population pourrait avoir un impact sur le réchauffement climatique. Nous allons dès lors corréler la prévision des émissions de CO2 à celle de l’augmentation de la population.

Calculs de l’auteur
Sources : Banque Mondiale (2019) et Our World in Data (2020)

D’après cette prévision, les courbes devraient augmenter de façon similaire. Il faudrait également environ 45 ans aux émissions de CO2 pour retrouver le niveau qu’elles avaient en 2015. Par ailleurs, le CO2 émis aujourd’hui va mettre 100 ans à se dégrader intégralement (Jancovici J-M., 2007). Nous pouvons donc penser que l’augmentation de température va continuer quelques années, à cause de l’inertie des émissions actuelles, puis va stagner avant de recommencer à augmenter lorsque les émissions de CO2 seront à nouveau trop élevées. Il est donc probable que les 45 ans de « repos », permettent un ralentissement du réchauffement climatique sans permettre de l’endiguer. Là où les prévisions actuelles orientent vers une augmentation de 4°C vers 2100, un tel scénario permettrait peut-être d’éviter cette prévision au profit d’une plus favorable pour 2100, mais ne permettrait pas une amélioration notable sur le long terme.

Par conséquent, pour observer un changement climatique, il faudra changer toutes nos habitudes de façon à dissocier les émissions de CO2 de l’augmentation de population.

Comment améliorer notre impact sur le climat ?

Nous avons bien vu que même avec une diminution de 50% de la population, l’impact positif sur nos émissions et sur le climat reste limité. Il faut bien se rendre compte qu’un changement des habitudes et du mode de vie, même de l’ensemble de la population terrestre, va être plus que nécessaire. On peut même se rendre compte au travers des différentes analyses menées plus haut, que ce changement drastique serait la clé d’une amélioration climatique. Autrement, nous « retardons » uniquement le problème sans l’endiguer. Malheureusement, dans la société actuelle, l’économie possède une place bien plus importante que l’environnement. Tous les pays échangent des biens et services. L’économie est devenue mondiale, et il est pratiquement impossible pour un pays développé de se recentrer sur lui-même sous peine de voir son économie détériorée.

Au-delà des répercutions économiques, la question politique se pose : comment évolueraient les relations entre les différents pays si les échanges de biens et services sont limités ? Il est impossible d’y répondre avec certitude, bien que l’on puisse penser que les relations se dégradent : avec moins d’échanges, les relations diplomatiques seraient moins importantes à cause des enjeux moindres de ces relations. La question des ressources se pose également : comment subvenir aux besoins de chaque population si les échanges sont réduits ? Le Luxembourg, par exemple, dépend essentiellement des échanges. Sa surface ne lui permet pas d’avoir assez de ressources pour nourrir ses habitants. Il y a également des matériaux, comme des Terres-Rares, qui se trouvent essentiellement dans des mines en Afrique. Ces matériaux sont essentiels pour fabriquer nos téléphones, par exemples. Accepterons-nous un recul technologique pour sauver le climat ? C’est peu probable… Néanmoins, sans arriver dans les extrêmes cités au-dessus, il est possible d’améliorer notre impact sur le climat via une consommation plus raisonnée.

Pour améliorer considérablement cet impact, il faudra donc faire de nombreux efforts. Ces derniers devront venir de chaque gouvernement. A l’heure de la crise du COVID-19, nous voyons que la population française peine à suivre les directives de confinement données par l’état. Pour cette raison, imaginer un effort collectif provenir de l’ensemble de la population mondiale semble difficile. Demander de ne plus consommer de bœuf argentin, d’avocats mexicain, de ne plus prendre l’avion, ou de ne plus acheter de produits préemballés dans du plastique semblerait irréaliste.

Au-delà des mesures « physiques » qu’il est possible de prendre, il est également important compter l’impact d’internet sur les émissions. Cet impact est trop souvent négligé. Pour donner une idée, 281 milliards d’e-mails ont été envoyés en 2018 (hors SPAM), avec en moyenne 4g de CO2 par e-mail (Deluzarche C., 2019). C’est donc 410 millions de tonnes générées en 2018 uniquement par les e-mails. En plus des e-mails, les plateformes de streaming ont un impact écologique élevé : 30 minutes sur Netflix émettent environ 1.6kg de CO2 (Cabiron B., 2019). Cette plateforme aurait des émissions s’élevant à 102 millions de tonnes de CO2 en 2018. A l’échelle mondiale, les émissions d’internet s’élèvent à 4% de nos émissions de GES, par rapport à 1.5% pour le transport aérien (EcoCO2, 2019). Tous les étudiants de l’ESTA auront un diplôme d’ingénieur d’Affaire et devront utiliser les outils numériques pour leur futur emploi. Prendre des mesures afin d’optimiser l’utilisation de ces outils et de diminuer ces émissions apparaît comme un devoir. Par exemple pour l’envoi de pièces jointes dans un e-mail destiné à plusieurs personnes, il vaut mieux mettre la pièce jointe en ligne et envoyer un lien pour y accéder plutôt que de l’attacher et l’envoyer dans chaque e-mail (Energuide, 2019). Réduire la qualité des vidéos et compresser les documents est également un moyen de réduire les émissions. Prendre ces mesures est une petite action, à notre échelle, qui peut être bénéfique.

Conclusion

Il est possible d’améliorer notre impact sur le climat au prix de nombreux efforts. En effet, même une réduction immédiate de 50% de la population ne permettrait pas d’arrêter le réchauffement climatique. Notre nombre joue effectivement un fort rôle dans le réchauffement climatique, majoritairement parce que chaque individu émet beaucoup de CO2. Si l’on veut endiguer le réchauffement climatique, il faudrait donc que chaque personne change ses habitudes : utiliser le vélo pour les courts déplacements, consommer moins et surtout plus raisonnablement, … Chaque personne doit apporter une contribution. Si l’on veut observer un changement, un effort général doit être réalisé. Dans l’esprit collectif, de tels efforts peuvent sembler inconcevables, mais il y a 100 ans, nous vivions très bien sans toutes ces choses. Serions-nous arrivés dans une sur-mondialisation ? C’est une autre question. Coordonner l’effort sera quasiment impossible : chaque pays devra recentrer son économie afin de ne plus être dépendant des autres. Avons-nous assez de temps pour le faire ? L’avenir nous le dira… Néanmoins, pour faire face au réchauffement climatique, il faudra passer par une prise de conscience collective et une prise de responsabilité des décideurs afin de prioriser un modèle écologique par rapport au modèle économique.

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