Industriels ou consommateurs: à qui la faute ?

Par Mathis Ardiot & Joseph Haas, étudiants ESTA Belfort, 06/2020

Mots-clés: #consommation #industriels #obsolescence #consommateurs

De nos jours, notre modèle de consommation fait face à de plus en plus de critiques. En effet, de plus en plus de modes de consommation alternatifs font surface comme le véganisme qui représente en 2018 2% de la population française avec une hausse du chiffre d’affaires engendré de 24% par rapport à l’année précédente (Ouest France, 2019). Comme tout mode de vie ou de pensée, le véganisme a ses extrémistes qui multiplient les actions chocs telles que le pillage d’élevage des bêtes ou encore les manifestations provocantes devant des boucheries. Ces personnes ne cessent d’accuser les industriels et le capitalisme; mais est-ce uniquement la faute des industriels qui nous poussent à consommer toujours plus afin de maximiser leur profit ?

Afin de répondre à cette problématique, nous allons diviser notre réflexion en deux partie, premièrement nous nous intéresserons aux rôles des industriels dans la société de consommation. Puis dans une seconde partie nous argumenterons sur le contraire, et si les consommateurs étaient finalement les principaux responsables, aux travers de leurs habitudes.

Le rôle des industriels

Les industriels et toutes les entreprises actuels sont animés par une seule chose, réaliser du profit, avec idéalement une croissance de ce profit d’une année sur l’autre. Aux environs de 1920, juste après la première guerre mondiale, il paraissait important de relancer l’économie. La plupart de ces grandes compagnies se sont interrogées sur comment maximiser ce profit? Quelle est la manière la plus simple de vendre toujours plus de produits ? Ils en sont arrivés à une conclusion qui encore aujourd’hui dictent nos habitudes de consommation, on appelle cela l’obsolescence programmée. Même si une majorité de personne pense que cette technique était récente et ne touchait que les produits technologiques, loin de là. En effet quel serait l’intérêt pour une entreprise de fabriquer un produit durable, robuste, que le consommateur n’aurait pas besoin de renouveler rapidement. Il n’y a tout simplement aucun intérêt pour eux, cela allant à l’encontre de leur principe de base. En effet une fois tous leur produits vendu, si ceux-ci ne nécessitent que de simple réparation, qui coûtent moins chères que le produit de base, pour être remis en marche, l’entreprise subira alors une baisse de son profit au cours des années. Certains industriels ont alors décidé de fabriquer des produits de moindre qualité, pour lesquels les réparations sont soit impossibles soit plus onéreuses que le produit de base, afin de s’assurer des ventes constantes. Selon France Culture en 2016 l’un des exemples les plus flagrants est celui issue du « Comité Phoebus » en 1924 (France Culture, 2016). Ce comité (que France Culture compare à un cartel) était composé des entreprises européennes et américaines du marché de l’électrique. On retrouve dans ce comité des entreprises encore actives aujourd’hui comme Général Electrics, Philips ou Osram. Le but de cette « alliance » était simple, booster les ventes d’ampoules en limitant leur durée de vie à 1000 heures. Cependant il existe encore de nos jours une preuve que ces entreprises disposaient, et dispose toujours d’un savoir faire industriel leur permettant de créer des ampoules avec une durée de vie très longue. En effet, en Californie dans la caserne de pompier de Livermore on peut trouver une ampoule qui brille depuis 1901. Même si nous ne pouvons comparer la technologie de cette ampoule (seulement 4 watts) avec les ampoules comblant nos besoins actuels, le Comité Phoebus a bien existé et a bien limité la durée de vie des ampoules mécaniquement. Il est à noter la drôle d’histoire de ce cartel qui en 1939 fut dissout face à l’arrivée de compétiteurs mieux offrant. Toujours selon France Culture en 2016, des exemples d’obsolescence programmée il en existe des centaines, on peut citer en 1937 l’invention du nylon, textile presque inusable qui sera utilisé pour la fabrication de bas, cependant comme vous pouvez le constater aujourd’hui la formule du nylon a été modifiée afin d’être moins solide et d’assurer un renouvellement des ventes (France Culture, 2016). Cela touche également des produits technologiques ayant une valeur plus importante, on trouve les imprimantes avec un nombre limités d’impressions, les mises à jour IOS obligatoires sur les smartphones Apple. Comme nous le confirme Statista en 2015, le graphique ci-dessous (Figure 1) on remarque qu‘à chaque sortie d‘un nouvelle IPhone les recherches concernant un „IPhone lent“ augmentent, et ces recherches sont d‘autant plus conséquentes que les iPhones sont récents. Apple ralentirait donc les smartphones à chaque nouvelle sortie d‘appareil (Statista 2015).

Figure 1 : Phénomène iPhone lent
Source: Statista, Félix Richter, 6 Octobre 2015

On estime qu’aujourd’hui en France, 40 millions de biens électriques sont jetés sans êtres réparés alors qu’ils pourraient l’être. On n’ose imaginer les conséquences écologiques de cette pratique. Cependant ici nous nous sommes beaucoup intéressés à une pratique qui s’appliquent principalement aux biens technologiques. Mais quand est-il des biens de premières nécessités, là ou l’obsolescence programmée n’est pas envisageable, la nourriture et l’eau? Ces biens sont pourtant responsable d’une énorme partie du réchauffement climatique, de la pollution, etc.. Il semble cependant qu’ici les industriels n’aient que très peu de moyen véritablement efficace de conditionner nos achats, outres le marketing, et la publicité, qui ont bien sur leurs impacts, les consommateurs restent toujours maîtres de leurs actes et décisions d’achats, c’est ce que nous allons voir dans cette seconde partie.

Le rôle des consommateurs

Dans de nombreux cas, la responsabilité de la surconsommation revient au consommateur. Comme nous venons de l’évoquer, lorsqu’il s’agit de biens de première nécessité, les industriels n’ont que très peu de moyens de conditionner nos achats hormis les emballages et les campagnes de promotion. Mais, qui nous empêche de fabriquer nos cookies plutôt que d’acheter des cookies conditionnés dans une boîte en plastique elle-même emballée dans du plastique ? De nombreuses associations de défense des consommateurs n’accusent pas seulement les industriels, elles accusent aussi le manque d’implication du consommateur dans la décision d’achat (Dubuisson-Quellier, S. 2011). Ce dernier cherchant lui aussi à maximiser son profit, la plupart du temps à court terme, va se lancer dans une quête perpétuelle du meilleur rapport qualité/prix. C’est sans aucun doute la raison pour laquelle nous préférons acheter une boite de cookies plutôt que d’acheter les matières première et de les fabriquer nous-même. L’être humain moyen se complaisant dans sa zone de confort, il ne fera que très rarement l’effort de confectionner ses cookies. Cela crée donc une demande qui sera satisfaite par des industriels qui eux aussi cherchent à maximiser leur profit. Un autre point qu’il est important d’aborder est l’obsolescence esthétique, ou obsolescence psychologique (Anon). Ce paramètre difficilement mesurable touche à la psychologie du consommateur. Pourquoi changeons-nous de vêtements quand ces derniers sont toujours en parfait état ? L’obsolescence esthétique est l’essence même de l’industrie du textile est des phénomènes de mode et aussi aussi utilisée dans d’autres secteurs d’activité. L’économiste Serge Latouche affirme: “Grâce à une politique de marque, de design et de publicité, l’industrie automobile faisait la démonstration qu’on pouvait obtenir le même résultat qu’avec l’introduction d’une défaillance technique.” L’obsolescence esthétique repose sur le fait que notre satisfaction est éphémère et par conséquent que nous sommes constamment à la recherche de cette dernière. Il s’avère donc qu’acheter peut être tout aussi satisfaisant que de passer du bon temps avec ses amis au encore que de déguster un excellent repas de chef ‌(Le Huffington Post, 2015)( Berthelot, J. 1981).

Figure 2: L‘achat compulsif
Source: CreditDonkey, Jasmine Williams

Comme le montre Credit Donkey, la figure 2, 88% des personnes achètent plus ou moins rarement des produits dont ils n’ont pas besoin ou qu’il n’avaient pas prévu d’acheter. Répondre à notre problématique reviendrait en quelque sorte à répondre à la fameuse question de qui était là en premier, l’œuf ou la poule? Autrement dit un dilemme presque impossible à résoudre. Cependant au vu de notre analyse ci dessus, nous pouvons déjà esquisser quelques réflexions. Comme nous avons pu le voir les industriels n’ont qu’un seul but, maximiser leurs profits. Et pour cela ils sont prêts à tout, réduire la durée de vie de leurs produits, utiliser des techniques marketing complexes, etc.. Mais accuser uniquement les industriels ne serait que résoudre une partie du problème. En effet le consommateur à également sa part à jouer, et elle est plus importante qu’il ne le croit. Un consommateur est de base naïf, et est poussé par un besoin presque primaire d’acheter, afin de posséder quelque chose et par conséquent de se donner une valeur. Les industriels profitent certes de cet état d’esprit, mais ne serait-il pas temps pour le consommateur de réagir face à sa consommation? De nombreuses associations essayent aujourd’hui de faire bouger les choses, les consciences, cela fonctionne pour une partie de la population on l’a vu qui est plus alerte. Mais une chose est sûre, des efforts doivent être menés des deux côtés, industriels et consommateurs, un réveil de leurs consciences est nécessaire, avec pourquoi pas un à la clé un changement de modèle économique tendant vers de l’économie circulaire. En ces temps les efforts se doivent d’être collectifs.

Références

Anon, (n.d.). La responsabilité des consommateurs | L’obsolescence programmée. [online] Disponible à: http://controverses.mines-paristech.fr/public/promo13/promo13_G22/www.controverses-minesparistech-7.fr/_groupe22/les-consommateurs-3.html [Accédé le 15 Mai 2020].

Berthelot, J. (1981). Les consommateurs victimes et complices. [online] Le Monde diplomatique. Disponible à: https://www.monde-diplomatique.fr/1981/01/BERTHELOT/35982 [Accédé le 15 May 2020].

Dubuisson-Quellier, S. (2011). Le consommateur responsable. Sciences de la société, (82), pp.105–125 [Accédé le 15 Mai 2020].

France Culture. (2016). Comment les industriels s’y prennent pour vous faire acheter toujours plus. [online] Disponible à: https://www.franceculture.fr/societe/comment-les-industriels-sy-prennent-pour-vous-faire-acheter-toujours-plus  [Accédé le 15 Mai 2020].

‌Le Huffington Post. (2015). Consommation: avez-vous vraiment l’impression d’avoir le choix? [online] Disponible à : https://www.huffingtonpost.fr/eric-goulard/consommation-pouvoir-achat_b_6645828.html [Accédé le 15 Mai 2020].

Maqsood, K. (2019). IMPULSE BUYING, CONSUMER’S SATISFACTION AND BRAND LOYALTY. [online] Research Gate. Disponible à: https://www.researchgate.net/deref/http%3A%2F%2Fwww.scienceimpactpub.com%2Fjei [Accédé le 20 Mai 2020].

Ouest-France avec Reuters (2019). Le marché végétarien et végan a augmenté de 24 % en 2018. [online] Ouest-France.fr. Disponible à: https://www.ouest-france.fr/economie/consommation/le-marche-vegetarien-et-vegan-augmente-de-24-en-2018-6162850  [Accédé le 15 Mai 2020].

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6 commentaires

  1. Tout d’abord merci pour votre article très intéressant. Comme vous l’avez signalé, cette tendance de consommation de produits transformés (ici les cookies) est principalement due à un manque de temps voire un manque d’envie de fournir des efforts (rester dans sa zone de confort). Il est justement intéressant de noter que durant cette phase de confinement, nous avons pu voir des personnes recommencer à faire du home cooking (notamment sur les réseaux sociaux) car pour la plupart ils avaient/prenaient le temps. Ainsi, il a surement une remise en question à réaliser.

    De plus, et si l’on part du postulat que les entreprises utilisent le marketing pour connaître, prévoir et anticiper – tout en stimulant – les besoins des clients, pensez-vous qu’un premier pas de la part des consommateurs pourrait faire avancer les choses ?

    Encore merci pour votre article,

    Félix

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  2. Finalement, est-ce que tous les consommateurs sont logés à la même enseigne? Je m’explique: il est vrai que certaines personnes ont un revenue plus élevée ou bien certaines ont davantage de temps pour effectuer des choses par elle-même (couture, repas, etc.) cependant, sommes nous tous capable d’effectuer des changements conséquent chacun à notre échelle? Souvent les gens se disent que ce n’est pas leur contribution qui changera quelque chose, que c’est plus simple d’acheter – gain de temps. Qui doit changer ces mentalités?
    De même pour les industriels. Je trouve ça désolant de nos jours que les industriels jouent encore avec l’obsolescence programmée au vue de la gravité climatique. Bien que certains changent leur modèle, ils sont souvent dépendant des fournisseurs, des distributeurs et j’en passe. C’est un début à ne pas négliger mais ça devrait en inspirer plus d’un!

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  3. Cet article est en effet très pertinent car dans un monde dicté par la surconsommation, tout le monde cherche un fautif mais est-ce vraiment entre les industriels et les consommateurs qu’il faut chercher ? En effet, comme le dit très bien cet article, nous pouvons voir que chacun défend ses propres intérêts : les industriels veulent être toujours de plus en plus rentables et les consommateurs cherchent le meilleur rapport qualité prix. Ainsi, personne ne se remet vraiment en cause.
    Je me demande donc si un troisième acteur tel que l’Etat ou des associations de prévention aurait un rôle à jouer pour faire changer le système ? En effet, d’un point de vue très personnel je trouve, en tant que consommatrice, que nous ne sommes pas assez sensibilisés à l’impact environnemental de cette surconsommation. Ainsi, si la population n’est pas consciente du problème, elle ne va pas avoir l’envie de changer. Par conséquent, les industriels vont moins facilement se tourner vers une production raisonnée car elle pourrait être incomprise par le consommateur et avoir des conséquences financières négatives. Vous évoquez dans votre article le fait qu’une petite partie de la population semble plus alertée par ce problème, il serait donc intéressant de savoir si cela touche une certaine catégorie de population (âge, CSP, géographie, sexe etc..).

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  4. Superbe article très intéressant, il est évident que les deux parties abordées dans cet article doivent changer leurs rapports avec le produit. Pour les industriels essayer de rendre moins difficile la réparation (exemple des vis propriétaires sur certains appareils les rendant difficile à ouvrir) ou de fabriquer des produits plus durables dans le temps. Cependant, les industriels qui vont dans ce sens devrait être « récompensé » par le consommateur et ses achats.

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  5. Merci pour cet article plus que pertinent,
    J’apprécie le fait que vous n’ayez pas seulement mis la faute sur les industries mais aussi sur le consommateur car c’est un axe très peu abordé lorsque nous parlons d’obsolescence programmée.

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